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En Seine-Maritime, accélérer les usines ne se résume pas aux permis

Cabot, DEZiR et Lhyfe figurent dans les recensements du dispositif Notre-Dame. Leur avancée dépend aussi de réseaux, de clients et d’investissements.

Illustration - Réseaux industriels en Seine-Maritime

À Lillebonne, Petit-Couronne et près du Grand Canal du Havre, l’État veut faire gagner du temps à plusieurs projets industriels. La « méthode Notre-Dame » leur promet un pilotage resserré et des recours plus courts. Elle rencontre pourtant vite une limite : une usine ne démarre pas simplement parce que son dossier circule plus rapidement.

Le nombre exact de projets seinomarins concernés reste d’ailleurs mal établi. La CCI Normandie en recensait cinq en avril, portés par Eastman, Verso Energy, Engie, Lhyfe et Cabot Carbone. En juin, HAROPA PORT en citait quatre « parmi les premiers » accueillis sur son domaine, avec Engie mais sans Verso Energy. Les documents publics consultés ne permettent donc pas de figer le total à quatre ou cinq.

Le dispositif national porte sur 150 projets représentant plus de 70 milliards d’euros d’investissements annoncés et plus de 30 000 emplois. Des préfets doivent suivre leur progression grâce à une chaîne de décision identifiée. Depuis le 1er juillet, certains recours liés à de grandes installations industrielles, énergétiques ou à la production de carburants d’aviation durables sont directement jugés par les cours administratives d’appel, avec un délai de jugement fixé à dix mois.

Tous les projets sélectionnés ne bénéficient pas automatiquement de la même procédure contentieuse. Son application dépend de la nature, de la taille et des autorisations de chaque installation. « Notre-Dame » désigne donc d’abord une méthode de pilotage adaptée aux obstacles rencontrés par chaque dossier.

À Lillebonne, l’Energy Center de Cabot Carbone fournit le cas le plus avancé dans les procédures locales. Cabot a déposé le 17 mars un dossier environnemental complet pour sa centrale énergétique et son réseau de vapeur. Le projet doit récupérer des gaz et de la chaleur aujourd’hui perdus, puis alimenter le site Cabot et des industriels voisins. L’administration peut accélérer l’instruction. Il faudra encore construire le réseau et raccorder ses utilisateurs.

À Petit-Couronne, le projet DEZiR de Verso Energy vise 80 000 tonnes annuelles de carburant de synthèse pour l’aviation à l’horizon 2030. Son fonctionnement dépend d’une canalisation encore à concevoir avec Trapil. Celle-ci doit acheminer du CO₂ biogénique depuis Alizay, dans l’Eure. Le calendrier d’une future usine seinomarine se joue donc aussi plusieurs dizaines de kilomètres en amont.

Près du Havre, Lhyfe dispose déjà d’un permis de construire et d’une subvention publique de 149 millions d’euros pour Green Horizon, une unité d’hydrogène de 100 MW. Le permis environnemental et le raccordement électrique restent en cours, tandis que la décision finale d’investissement n’est attendue que début 2027. L’entreprise doit encore réunir les conditions financières et commerciales du chantier.

La proximité de ces sites permet de transformer la chaleur, le CO₂ ou l’hydrogène de l’un en ressource pour un autre. Elle crée aussi une chaîne de dépendances : une canalisation retardée, une puissance électrique indisponible ou un contrat non signé peut retarder l’ensemble du projet.

La méthode Notre-Dame peut raccourcir une procédure et désigner rapidement l’administration chargée de trancher. À Lillebonne, Petit-Couronne et sur le Grand Canal du Havre, son résultat se lira désormais dans des objets moins visibles : une autorisation délivrée, un tracé de canalisation arrêté, un raccordement réservé et une décision d’investissement signée.

Sources consultées
  1. Présidence de la RépubliqueDéplacement dans l’Allier
  2. LégifranceDécret n° 2026-302 du 21 avril 2026 relatif à la simplification de la procédure contentieuse en matière environnementale et à l’accélération de certains projets
  3. HAROPA PORTPerspectives, juin 2026
  4. DREAL NormandieProjet de création d’une centrale de production d’énergie et d’un réseau de vapeur présenté par Cabot Carbone SAS sur la commune de Lillebonne
  5. Verso EnergyVerso Energy et Trapil renforcent leur partenariat pour développer l’infrastructure CO₂ du projet DEZiR
  6. LhyfeRésultats annuels 2025