
Moins de trois hectares, mais un accord-cadre pouvant courir pendant vingt ans. Derrière la gare d’Yvetot, la reconversion de la Moutardière entre dans une phase opérationnelle avec le recrutement d’une équipe de maîtrise d’œuvre urbaine. Elle devra concevoir le quartier et en suivre les différentes phases pour la SHEMA. Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 7 septembre 2026.
La concession d’aménagement confiée à la SHEMA a été conclue le 18 juin. L’avis d’attribution fixe sa durée à vingt ans et sa valeur estimée à 23 millions d’euros hors taxes. À titre de comparaison, le dossier d’enquête publique de 2025 chiffrait les acquisitions et les travaux à 22,37 millions d’euros.
Le programme envisagé comprend 12 275 m² de locaux et de services. La nef principale serait partiellement conservée pour accueillir du coworking et des salles de réunion. Autour prendraient place une pépinière, un hôtel d’entreprises artisanales, des bureaux, de la restauration et un établissement de 60 à 80 chambres. La collectivité estime que l’ensemble pourrait accueillir à terme environ 175 emplois directs.
La proximité de la gare soutient ce programme. Elle enregistre près de 900 000 voyages par an, dont une majorité effectuée par des abonnés. L’étude économique commandée par Yvetot Normandie relève aussi une demande soutenue de petits locaux en location, notamment chez les PME et les artisans. Installer ces activités près des trains permettrait de compléter les parcs périphériques sans ouvrir de nouveaux terrains à l’urbanisation.
Mais la Moutardière n’est pas une parcelle vide attendant son premier bâtiment. Construite en 1912, l’usine a produit successivement de la margarine Astra puis de la moutarde Bocquet. Ses locaux sont aujourd’hui occupés à environ 40 %, avec seize entreprises concernées par le projet. Certaines démolitions devront donc attendre leur relogement ou leur déplacement. Les diagnostics ont également relevé des risques de pollution des sols, la présence d’amiante et de plomb, ainsi que des désordres structurels liés aux infiltrations et au manque d’entretien.
À ces contraintes s’ajoute le foncier. Lors de l’enquête de 2025, les négociations avec le propriétaire principal n’avaient pas abouti, ce qui avait conduit la collectivité à engager une procédure de déclaration d’utilité publique. L’état actuel des acquisitions n’a pas été publié.
Le choix est celui du recyclage foncier, malgré les acquisitions, les relogements et la dépollution qui compliquent l’opération. Son succès dépendra aussi de la demande réelle pour les bureaux, l’hôtel et les services annoncés. Une étude peut identifier un manque, seuls les futurs occupants rempliront les bâtiments.
Après la clôture des candidatures, le 7 septembre, la SHEMA devra choisir l’équipe capable de tenir ensemble les plans, le patrimoine, la dépollution, les entreprises encore présentes et les futurs investisseurs. À la Moutardière, le premier travail sera moins de dessiner un quartier neuf que de démêler patiemment celui qui existe déjà.
Sources consultées
- Bulletin officiel des annonces des marchés publicsAvis d’attribution de concession n° 26-68679, quartier d’affaires de la gare d’Yvetot
- Bulletin officiel des annonces des marchés publicsAvis de marché n° 26-73715, accord-cadre de maîtrise d’œuvre urbaine de la Moutardière
- Communauté de communes Yvetot Normandie et Ville d’YvetotRapport et conclusions du commissaire enquêteur sur la requalification de la Moutardière
- Communauté de communes Yvetot NormandiePlan de mobilité simplifié, rapport final
- Communauté de communes Yvetot NormandieProjet d’aménagement du quartier d’affaires de la gare d’Yvetot