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À Rouen, comment une bonne récolte devient 8,4 millions de tonnes exportées

Après la très mauvaise campagne de 2024, Rouen a expédié 8,4 millions de tonnes de grains. Un rebond que les terminaux de la Seine ont pu absorber.

Silos céréaliers sur les quais de Rouen

Les terminaux céréaliers de Rouen ont expédié 8,4 millions de tonnes de grains pendant la campagne achevée le 30 juin 2026. C’est 61 % de plus que l’année précédente et un million de tonnes au-dessus de la moyenne décennale.

Ce n’est toutefois pas un record. Rouen avait exporté 9,87 millions de tonnes en 2019-2020. Le bond actuel part surtout d’un exercice 2024-2025 particulièrement faible, limité à 5,2 millions de tonnes après une très mauvaise récolte française.

Le redressement commence dans les champs. La production nationale de blé tendre a retrouvé 33,3 millions de tonnes en 2025, près de 30 % de plus sur un an. En Seine-Maritime, le rendement moyen a atteint 92 quintaux par hectare, contre 85 sur les cinq campagnes précédentes. La qualité du blé récolté permettait aussi de le vendre à l’étranger pour la fabrication de farine.

À Rouen, les quatre opérateurs céréaliers disposent d’environ 900 000 tonnes de stockage consacrées à l’exportation. Les grains arrivent par camion, train ou barge, sont stockés selon leur qualité, puis chargés sur des navires à une cadence qui peut dépasser 100 000 tonnes par jour pour l’ensemble du port.

En regroupant les récoltes d’un vaste bassin agricole, Rouen peut former des cargaisons assez importantes et homogènes pour le commerce maritime. Plus de la moitié des exportations françaises de céréales par mer passent ainsi par les terminaux rouennais.

Encore faut-il trouver des acheteurs. Sur la dernière campagne, Rouen a expédié 5,6 millions de tonnes de blé meunier et 2,6 millions de tonnes d’orge vers 41 pays. Le Maroc a acheté à lui seul 2,6 millions de tonnes de blé, après plusieurs récoltes affectées par la sécheresse. La Chine, la Côte d’Ivoire et l’Arabie saoudite comptent également parmi les principales destinations.

Le résultat rouennais dépend donc de phénomènes qui échappent au port : la météo française, les récoltes des pays importateurs, les prix mondiaux, les taux de change et la concurrence des céréales de la mer Noire. Les silos ne créent ni le grain ni la demande. Ils évitent que l’occasion soit perdue lorsque les deux sont présents.

Rouen continue néanmoins d’augmenter sa capacité. À Petit-Couronne, le terminal Maison Bleue vient de gagner 55 000 tonnes de stockage, portant son total à 130 000 tonnes. Le groupe BZ a investi 35 millions d’euros dans cette extension. HAROPA PORT a consacré parallèlement 24 millions d’euros, dont 5,76 millions financés par l’État, à l’approfondissement et à la modernisation du quai.

Le nouveau silo a été inauguré le 18 juin, douze jours avant la fin de la campagne. HAROPA PORT ne précise pas le volume qu’il avait déjà traité au 30 juin : il ne peut donc pas expliquer le bond annuel à lui seul. Il prépare surtout les campagnes suivantes. Il pourra rester partiellement inutilisé lors des faibles récoltes, mais donnera au terminal davantage de marge quand les volumes remonteront. Les prochaines fortes campagnes montreront l’effet réel de Maison Bleue sur les volumes chargés à Petit-Couronne.

Sources consultées
  1. HAROPA PORTAvec plus de 50 % des exportations nationales, HAROPA PORT confirme son leadership céréalier
  2. HAROPA PORTRapport d’activité 2020
  3. Agreste, DRAAF de NormandieSynthèses conjoncturelles de Normandie, septembre 2025
  4. HAROPA PORTAgro-industrie
  5. HAROPA PORTLe Groupe BZ inaugure l’extension de son terminal portuaire de Maison Bleue