
Au premier trimestre 2026, le taux de chômage atteint 8,9 % en Seine-Maritime, le niveau le plus élevé de Normandie. Mais la moyenne départementale assemble des situations très éloignées : 9,7 % dans la zone d’emploi du Havre, 9,1 % autour de Rouen, 7,1 % à Yvetot–Vallée du Commerce et 6,4 % à Dieppe–Caux maritime.
La hausse elle-même ne frappe pas partout avec la même force. En un an, le chômage a progressé de 0,8 point à Rouen, de 0,7 point au Havre et à Yvetot, mais de seulement 0,3 point autour de Dieppe. Le département ne traverse donc pas un seul choc réparti uniformément. Il réunit plusieurs marchés du travail voisins, mais peu interchangeables.
Une zone d’emploi n’est pas une circonscription administrative. L’Insee la construit à partir des trajets domicile-travail, afin de regrouper les communes où la plupart des actifs vivent et travaillent. Cette carte fait apparaître deux grands pôles, Rouen et Le Havre, un bassin plus autonome autour de Dieppe et un territoire intermédiaire, Yvetot, très dépendant de ses voisins.
Rouen et Le Havre concentrent de grands établissements industriels, des hôpitaux, des services et les activités liées aux ports de la Seine. En 2017, 89,7 % des actifs du bassin havrais et 87,3 % de ceux du bassin rouennais travaillaient dans leur propre zone. Le raffinage, la chimie et la logistique marquent davantage l’économie havraise ; Rouen combine industrie pharmaceutique, fonctions tertiaires, port et grand pôle hospitalier. Ces deux bassins dépendent donc moins des emplois offerts ailleurs que celui d’Yvetot.
Dieppe–Caux maritime fonctionne autrement. En 2017, 76,2 % des actifs résidents y travaillaient dans leur propre zone, une autonomie inférieure à celle du Havre ou de Rouen mais nettement supérieure à celle d’Yvetot. Son industrie repose notamment sur la production électronucléaire et l’agroalimentaire. Dans le bassin France Travail de Caux maritime, 42,5 % des projets de recrutement annoncés pour 2026 sont saisonniers, contre 18 % autour de Rouen.
Yvetot occupe la position inverse. Placée entre Rouen et Le Havre, sa zone comptait en 2023 environ 40 400 emplois pour près de 49 900 actifs occupés résidents. En 2017, 56,5 % seulement de ses actifs travaillaient dans leur zone. Une part importante des habitants dépend donc d’emplois situés ailleurs, accessibles par la route ou le train vers les deux grandes agglomérations.
Cette géographie aide aussi à comprendre un paradoxe départemental. France Travail recense 34 900 intentions de recrutement en Seine-Maritime pour 2026, dont 46,2 % sont jugées difficiles à pourvoir. Un poste saisonnier sur le littoral, un emploi industriel spécialisé dans la vallée de la Seine et un poste de service à Rouen ne s’adressent ni aux mêmes candidats ni aux mêmes mobilités.
L’Insee ne décompose pas encore la hausse de 2026 métier par métier et bassin par bassin. Le taux départemental décrit donc une situation d’ensemble, mais ne suffit pas à décider où agir. Autour d’Yvetot, l’accès à l’emploi dépend largement des liaisons avec Rouen et Le Havre. Dans la zone havraise, où neuf actifs sur dix travaillent dans leur propre bassin, il dépend d’abord des emplois créés ou maintenus sur place.