
À Forges-les-Eaux, un appel au 15 pour un arrêt cardiaque peut désormais provoquer un départ inhabituel. Pendant que le témoin commence les compressions thoraciques et que les secours prennent la route, un drone peut décoller avec un défibrillateur et le déposer près de la victime.
Le drone ne remplace aucune étape de l’intervention. L’auxiliaire de régulation et le médecin du SAMU identifient la situation, guident le témoin, envoient les secours, alertent les citoyens sauveteurs et cherchent les défibrillateurs déjà accessibles. Le drone peut apporter un appareil lorsqu’aucun autre n’est disponible à proximité.
Selon le CHU de Rouen, environ 80 % des arrêts cardiaques extrahospitaliers surviennent à domicile. Un défibrillateur installé dans une école, une salle de sport ou une mairie ne sert que si quelqu’un sait où il se trouve, peut y entrer et s’éloigner quelques instants de la victime pour aller le chercher.
Selon Delivrone, la configuration actuellement présentée à Forges-les-Eaux couvre un rayon d’environ 4 km autour de sa base, installée à la station d’épuration. Le drone peut décoller environ une minute après l’ordre du Centre 15, atteindre 65 km/h et emporter un défibrillateur d’environ 750 g. Un télépilote certifié suit le vol, tandis que le Centre 15 continue de guider le témoin pour poursuivre les compressions thoraciques et utiliser le défibrillateur.
La difficulté franchie en Seine-Maritime ne consistait donc pas seulement à faire voler un colis. Il fallait coordonner la décision médicale, le télépilotage, les contraintes de l’espace aérien et l’intervention d’une personne parfois seule et paniquée. Pour la seconde implantation, dans le secteur rouennais, le Service de l’information aéronautique a créé une zone temporairement réglementée destinée aux vols hors vue transportant des défibrillateurs pour le SAMU 76. Elle est en vigueur depuis le 1er juillet 2026.
Le projet réunit le SAMU 76A, le constructeur suédois Everdrone et Delivrone, entreprise de Saint-Étienne-du-Rouvray chargée de l’intégration et du suivi des opérations. Les deux installations représentent près de 300 000 euros. Une seconde station a été livrée à Bois-Guillaume en mai. Au 16 juillet, les sources publiques consultées ne donnaient encore ni nombre de déclenchements sur des urgences réelles, ni temps effectivement gagné en Seine-Maritime.
L’expérience suédoise donne une mesure utile du potentiel et de la difficulté. Dans une étude menée sur de véritables alertes, les drones ont livré 58 défibrillateurs. Lorsque les temps étaient comparables, ils sont arrivés avant l’ambulance dans 37 cas sur 55, avec une avance médiane de 3 minutes et 14 secondes. Mais parmi les 18 arrêts cardiaques confirmés de ce groupe, le défibrillateur n’a été branché avant l’arrivée des secours que six fois.
La vitesse de vol ne suffit donc pas. Il faut encore que le colis soit déposé au bon endroit, que le témoin le récupère sans interrompre trop longtemps les compressions thoraciques et qu’il suive les instructions. À Forges-les-Eaux, l’un des prochains chiffres décisifs sera le nombre de fois où les électrodes auront été posées avant l’arrivée des secours.
Sources consultées
- CHU de Rouen NormandieLe CHU de Rouen déploie un drone médical d’urgence pour améliorer la prise en charge des arrêts cardiaques
- CHU de Rouen NormandieDrone médical d’urgence : une nouvelle installation à Bois-Guillaume !
- Service de l’information aéronautiqueSUP AIP 128/26, Transport de défibrillateurs par drones au profit du SAMU 76
- Schierbeck et al., The Lancet Digital HealthDrone delivery of automated external defibrillators compared with ambulance arrival in real-life suspected out-of-hospital cardiac arrests