Entre Canteleu et Saint-Martin-de-Boscherville, une portion de la RD982 change de couleur. La Métropole Rouen Normandie annonce le lancement d’un test de “piste blanche” : environ 1,5 km de chaussée recouverts d’une fine pellicule claire, posée avec l’entreprise Colas.
Le résultat se voit tout de suite. Le goudron noir devient blanc, mais l’objectif n’est pas esthétique. Il s’agit de limiter l’échauffement de la surface avant les fortes chaleurs, pour éviter que le bitume se ramollisse, se dégrade ou devienne dangereux, notamment pour les deux-roues. Dans plusieurs départements plus habitués aux étés brûlants, le blanchiment des routes sert déjà à prévenir le ressuage, ce moment où le liant bitumineux remonte et fait perdre de l’adhérence.
La Métropole précise que le procédé testé ici n’est pas le lait de chaux habituellement utilisé ailleurs, mais un mélange de Colas qu’elle présente comme plus neutre pour l’environnement. Le traitement est temporaire : la blancheur doit rester visible environ deux semaines, puis s’effacer naturellement. Il doit aussi être posé au bon moment, juste avant les épisodes de chaleur, ce qui en fait moins un chantier classique qu’une intervention préventive.
La RD982 n’est pas un laboratoire fermé, mais une route du quotidien, entre plateau, vallée de Seine et communes de l’ouest rouennais. En la choisissant, la Métropole montre une partie peu spectaculaire de son travail : faire durer un réseau dont elle assure la gestion sur environ 2 700 km de voies, dont 740 km d’anciennes routes départementales.
La chaleur devient aussi une affaire d’entretien courant. À la fin juin, l’Université de Rouen Normandie a relevé, dans ses travaux sur les îlots de chaleur, 39,9 °C au Théâtre des Arts, avec un ressenti de 45 °C. Le GIEC local avait déjà décrit une métropole appelée à connaître des canicules plus fréquentes et un îlot de chaleur renforcé. Pour les routes, cela ne se traduit pas seulement par des discours sur l’adaptation : cela peut se jouer jusque dans la tenue de la chaussée.
Le coût précis de l’expérimentation n’a pas été rendu public, pas plus que le protocole qui permettra d’en mesurer les résultats. Cette absence limite déjà ce que l’on peut dire d’une éventuelle généralisation. Mais le test a le mérite d’être lisible : traiter un tronçon exposé avant qu’il ne souffre, plutôt que réparer plus lourdement après coup.
Pendant quelques jours, les automobilistes verront surtout une route blanche entre Canteleu et Saint-Martin-de-Boscherville. Derrière cette bande claire, il y a une idée plus sobre : l’entretien des routes doit désormais compter avec des étés capables de faire travailler le bitume.