Le port de Dieppe prépare une nouvelle série d’investissements en 2026. Le sujet n’est pas seulement de moderniser des quais ou des équipements : il s’agit de retrouver de la place pour un port qui doit faire tenir, dans la ville, le ferry vers Newhaven, la pêche, les graves de mer, la réparation navale, les colis lourds et désormais la maintenance du parc éolien en mer.
La pièce la plus visible se joue dans l’avant-port. Ports de Normandie étudie l’extension du terre-plein extérieur, où se côtoient le terminal transmanche, le quai Gaston-Lalitte et les activités de graves de mer. Cette seule opération est estimée à près de 13 millions d’euros, dont 1,7 million d’euros d’études financées par Ports de Normandie, l’Union européenne, le Département de Seine-Maritime, Dieppe Maritime et la Région Normandie. Le calendrier public évoque une concertation en 2026 et un démarrage possible en 2026-2027, si la faisabilité et le financement suivent.
Cette réserve financière change la portée de l’annonce. Le bilan 2025 de Ports de Normandie indique que l’extension du terre-plein de Dieppe reste en attente d’opportunités de financement. Autrement dit, le besoin est identifié, les études existent, mais le passage au chantier n’est pas encore un acquis.
Pourquoi pousser ce dossier maintenant ? Parce que l’avant-port absorbe des contraintes qui n’existaient pas, ou pas à cette intensité, au moment où le terminal transmanche a été installé en 1994. La ligne Dieppe-Newhaven reste une porte d’entrée régulière entre la Seine-Maritime et l’Angleterre, avec 368 814 passagers en 2025. Mais le Brexit, puis le système européen Entry/Exit System, pleinement opérationnel depuis le 10 avril 2026, alourdissent les contrôles aux frontières. Le schéma d’aménagement du port notait déjà des files débordant vers le rond-point avant même l’application complète de ces contrôles.
Dieppe ne part pas d’une page blanche. Le port a reculé en passagers en 2025, avec une baisse de près de 10 %. Dans le même temps, il a battu un record de fret conventionnel depuis la création de Ports de Normandie : 627 608 tonnes, en grande partie grâce aux matériaux liés au chantier de l’EPR de Penly. Il a aussi traité 438 933 tonnes de graves de mer. Le problème dieppois tient dans ce contraste : un port peut perdre des voyageurs tout en manquant d’espace, parce que les flux ne demandent pas les mêmes quais, les mêmes accès ni les mêmes temps d’attente.
La pêche impose une autre modernisation, moins visible mais décisive. Dieppe a vendu 6 353 tonnes sous criée en 2025, pour 19,4 millions d’euros de chiffre d’affaires, portée par la coquille Saint-Jacques. Ports de Normandie prévoit 2,3 millions d’euros de projets pêche à Dieppe en 2026, notamment pour le système de froid, la mise aux normes des installations et le traitement des déchets. Pour une criée, le froid n’est pas un confort technique : c’est la condition pour tenir les prix, les horaires et la confiance des mareyeurs.
À cela s’ajoute l’éolien en mer. La base d’exploitation et de maintenance du parc Dieppe-Le Tréport est désormais fonctionnelle dans l’avant-port. Le parc doit compter 62 éoliennes et entrer en service en 2026. Cette activité apporte des emplois et une présence appelée à durer pendant l’exploitation du parc, mais elle mobilise aussi du foncier, des pontons et des accès.
Dieppe avance donc par ajustements serrés. Un quai trop court, une file de ferry qui déborde, une halle à marée à moderniser, une base éolienne à faire vivre : ce sont des détails seulement vus de loin. Sur place, ils décident de ce qu’un port urbain peut encore accueillir sans se retourner contre la ville qui l’entoure.