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À Gonfreville-l’Orcher, le panache de TotalEnergies a filé hors des capteurs fixes

L’incident du 26 juin chez TotalEnergies montre comment l’estuaire suit l’air industriel quand le vent pousse un panache hors des stations fixes.

Panache industriel dans l’estuaire

Vendredi 26 juin, vers 14 h 55, un incident technique sur la plateforme TotalEnergies Raffinage France de Gonfreville-l’Orcher a provoqué des panaches venus des trois torches du site. Dans son dernier point disponible, publié à 18 h 30, Atmo Normandie indiquait que l’événement était toujours en cours et que son équipe d’astreinte réalisait des prélèvements d’air sous le panache.

L’image est familière dans l’estuaire : une torche, une fumée, parfois du bruit, puis la question immédiate des riverains. Que se passe-t-il, et que respire-t-on ? Sur Allo Industrie, TotalEnergies a parlé d’un déréglage temporaire d’unité, avec de possibles épisodes de torche, de bruit ou de fumée. La formulation est courte. La surveillance, elle, demande plus de temps.

Le point décisif tient au vent. Vendredi, Atmo Normandie relevait des vents de nord à nord-ouest. Les stations fixes de mesure n’étaient donc pas placées sous le panache. Autrement dit, les capteurs permanents de l’association ne suffisaient pas, à cet endroit et à ce moment, à documenter ce que la fumée transportait. La surveillance a dû suivre la trajectoire de l’air.

Deux signalements olfactifs avaient été recensés dans le secteur de Pont-Audemer via SignalAir. Des prélèvements étaient en cours à la fois par l’exploitant sur son site et par Atmo Normandie sous le panache, dans ce même secteur. Les habitants peuvent aussi signaler les odeurs ou nuisances ressenties sur SignalAir, ce qui aide Atmo Normandie à localiser les perceptions en temps réel.

Dans l’estuaire, ce mécanisme compte. L’air industriel ne se surveille pas seulement avec une carte de stations fixes. Il se surveille avec la météo, des équipes d’astreinte, des prélèvements mobiles, les messages des exploitants et les signalements des habitants. Quand la fumée part vers l’intérieur de l’estuaire, l’information doit partir avec elle.

Atmo Normandie dispose pour cela de Caspair, sa cellule d’appui aux situations de pollution atmosphérique inhabituelles. Elle intervient lors d’incidents, d’accidents industriels ou d’incendies ayant une incidence sur l’air. Son rôle n’est pas de remplacer l’exploitant ni les secours, mais de produire de l’information sur l’air et les retombées de suies, avec des prélèvements réalisés vite, puis analysés en laboratoire.

Le site concerné n’est pas un atelier isolé. TotalEnergies présente sa plateforme de Normandie comme sa plus grande plateforme française : 12 millions de tonnes de brut transformées par an, 12 % de la capacité française de raffinage et 11 % des plastiques produits en France. Géorisques classe la raffinerie et l’usine pétrochimique en Seveso seuil haut. À Gonfreville-l’Orcher, onze établissements Seveso seuil haut sont recensés sur la commune.

Le torchage est présenté ici comme une mesure de sécurité. Mais il crée aussitôt un autre besoin public : savoir où va le panache et ce que disent les prélèvements. Atmo Normandie recommande d’éviter toute exposition aux fumées. Les résultats d’analyse n’étaient pas publiés dans le dernier point consulté.

L’incident ne se résume donc pas à une fumée aperçue au-dessus d’un site industriel. Il montre le travail plus discret qui commence quand les capteurs fixes ne sont pas sous le panache : suivre le vent, aller prélever plus loin, écouter les odeurs signalées, puis ramener l’information de Pont-Audemer vers Gonfreville-l’Orcher.

Sources consultées
  1. Atmo NormandieIncident technique chez TotalEnergies à Gonfreville-l’Orcher (76)
  2. Allo IndustrieAllo Industrie Seine Estuaire
  3. Atmo NormandieGestion des incidents et événements
  4. TotalEnergiesNormandie : notre plus grande plateforme française
  5. GéorisquesInstallations classées ou autres sites inspectés, TotalEnergies Raffinage France