Article

À Fécamp, la plage commence aussi dans les canalisations

Après deux pannes et un orage, la station d’épuration de Fécamp a repris son fonctionnement. L’épisode révèle la dépendance de la Valmont, du port et de la plage au réseau d’assainissement.

Station d’épuration près du littoral

La station de traitement des eaux usées de Fécamp a retrouvé un fonctionnement normal le 18 juin au matin, deux jours après un incident technique. Fécamp Caux Littoral indique que deux pannes rapprochées, ajoutées à l’orage de la nuit du 15 au 16 juin et à une grande marée de coefficient 95, ont entraîné le 16 juin au matin un déversement ponctuel d’eaux usées prétraitées dans la Valmont.

Le volume déversé n’a pas été rendu public. L’Agglomération précise que les eaux concernées avaient déjà subi plusieurs étapes de traitement, dont le dégrillage, le dessablage et le dégraissage, et que les installations ont été sécurisées. Elle affirme qu’aucun impact sur le milieu naturel n’a été observé à ce stade. La page de l’ARS Normandie recensant les interdictions de baignade en cours, mise à jour le 25 juin, ne mentionne pas Fécamp parmi les sites fermés en Seine-Maritime.

L’incident reste court, mais il touche un équipement dont dépend une partie de la vie d’une ville littorale. À Fécamp, les eaux usées ne quittent pas la ville par un simple tuyau invisible : elles sont collectées, transportées, traitées à la station de la ZAC de la Vallée, puis rejetées dans la Valmont, à proximité d’un port, d’une plage et d’une façade maritime très fréquentée.

La station, mise en service en 1991, dispose d’une capacité nominale de 37 000 équivalents-habitants, avec une pointe annoncée à 45 450. Son débit admissible peut atteindre 12 700 m³ par jour en pointe. Sa filière membranaire, renouvelée en 2023 selon l’Agglomération, a été touchée par les pannes avant d’être sécurisée.

Mais l’épisode montre surtout que la station n’est qu’un maillon. Le service d’assainissement collectif de Fécamp dessert 18 334 habitants et 9 646 abonnés. Son réseau compte 114,1 km de canalisations, dont 66,93 km en réseau unitaire. Dans ces rues-là, eaux usées et eaux pluviales circulent dans la même conduite. Quand un orage charge brutalement le réseau, la difficulté n’est plus seulement de traiter l’eau sale : il faut aussi gérer l’eau de pluie qui arrive avec elle.

Le rapport 2024 du service recense 23 ouvrages destinés à maîtriser les déversements vers le milieu naturel par temps de pluie. Il liste aussi 18 points noirs du réseau, ces endroits qui demandent des interventions répétées, par exemple à cause de faibles pentes ou de bouchages. C’est moins visible qu’un grand chantier, mais une partie de la protection de la rivière et de la plage se joue là, sous les rues.

Cette protection coûte cher et avance par morceaux. En 2024, le service a engagé 1,63 million d’euros HT de travaux, dont 1,04 million pour un poste de refoulement et un bassin de stockage-restitution. Le programme pluriannuel prévoit encore une mise en séparatif rue Herbeuse en 2026, pour 265 000 euros HT. L’objectif est clair : séparer davantage les eaux usées et les eaux de pluie, stocker mieux quand il pleut, éviter que les surcharges finissent dans le milieu naturel.

À Fécamp, le retour à la normale du 18 juin ne ferme donc pas seulement un incident. Il rappelle que la plage commence bien avant les galets, dans les pentes du réseau, les postes de refoulement, les bassins et la station qui rejette dans la Valmont.

Sources consultées
  1. Fécamp Caux Littoral AgglomérationStation de traitement des eaux usées de Fécamp : information
  2. Observatoire Sispea / EaufranceRPQS 2024, Régie d’assainissement collectif de Fécamp
  3. ARS NormandieLes interdictions de baignade en cours
  4. Fécamp Caux Littoral AgglomérationEau et assainissement