À Saint-Jean-de-Folleville, le SEVEDE lance une étude de faisabilité sur la captation du CO2 émis par l’unité de valorisation énergétique Ecostu’Air. À ce stade, il achète une assistance technique de douze mois, pas des travaux. Deux options seront étudiées : un procédé de captage aux amines et un procédé d’oxycombustion. Les entreprises peuvent répondre à la consultation jusqu’au 20 juillet 2026.
Le marché est discret, mais il touche un rouage essentiel du système local des déchets. Ecostu’Air traite les déchets ménagers et assimilés d’un périmètre qui relie plusieurs intercommunalités de l’estuaire, du Havre Seine Métropole à Caux Seine Agglo et Terre d’Auge. Le site appartient à ces infrastructures peu visibles dont dépendent toute une chaîne : communes adhérentes, centres de transfert, camions, barges, exploitant, industriels voisins, contribuables.
En 2024, selon les chiffres repris du rapport SEVEDE, 139 963 tonnes d’ordures ménagères ont été traitées pour ses adhérents. Ces déchets ont produit 25 119 MWh d’électricité et 317 537 MWh de vapeur. La vapeur compte beaucoup ici. Depuis 2014, un réseau d’environ 3 km relie Ecostu’Air au sucrier Tereos, à Lillebonne, pour couvrir une part importante de ses besoins énergétiques. Le site ne sert donc pas seulement à faire disparaître les déchets résiduels. Il les transforme en chaleur industrielle.
La nouvelle étude ajoute une question plus difficile : que fait-on du carbone qui reste dans les fumées ? L’incinération avec valorisation énergétique évite une partie du recours aux combustibles fossiles chez un industriel voisin, mais elle n’efface pas les émissions de l’unité elle-même. Les chiffres 2024 indiquent 69 642 tonnes de CO2 évitées grâce à la vente de vapeur. Ils ne donnent pas, dans les sources consultées, le volume annuel de CO2 directement émis par Ecostu’Air.
Ce manque n’est pas anecdotique. Les unités d’incinération entrent progressivement dans une autre époque réglementaire. Depuis 2024, les installations d’incinération de déchets municipaux de plus de 20 MW doivent suivre et déclarer leurs émissions au titre du système européen des quotas, à ce stade sans achat de quotas. L’inclusion pleine dans le marché carbone doit encore être évaluée au niveau européen, mais le message est déjà passé : les fumées des déchets deviennent un objet de mesure, donc de coût possible.
À Port-Jérôme, cette évolution locale tombe dans un paysage industriel déjà tourné vers le carbone. Les zones industrialo-portuaires du Havre et de Port-Jérôme figuraient, en 2022, parmi les grands bassins émetteurs français, avec 7,2 millions de tonnes de CO2 pour les principaux sites étudiés par l’AURH. Le programme SOCRATE travaille aussi sur les trajectoires de décarbonation de l’Axe Seine, y compris la capture et le stockage du carbone.
Pour Ecostu’Air, l’étude devra donc répondre à une question très concrète : une unité publique de traitement des déchets peut-elle rejoindre cette future chaîne du CO2, techniquement et économiquement, sans faire oublier la priorité de réduire les déchets à brûler ? Le captage n’est utile que s’il trouve derrière lui un débouché solide : compression, transport, usage ou stockage.
L’intérêt de ce marché tient là. Il ne promet pas encore une usine transformée. Il met l’incinérateur de Saint-Jean-de-Folleville au même niveau de calcul que les grands sites industriels voisins : ce qui sort de la cheminée devra, lui aussi, trouver sa place dans la comptabilité de l’estuaire.
Sources consultées
- BOAMPAvis de marché n° 26-58889, Assistance à maîtrise d’ouvrage : étude de faisabilité pour la captation du CO2 émis par l’Unité de Valorisation Energétique ECOSTU’AIR
- SEVEDEL’Unité de Valorisation Énergétique ECOSTU’AIR
- SEVEDERapport annuel SEVEDE 2024
- AMORCEInclusion des Unités de Valorisation Énergétique des déchets dans le marché du carbone européen
- AURHLa décarbonation des industries : le cas des ZIP du Havre et de Port-Jérôme