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Dans la réserve de l’estuaire de la Seine, le prochain plan remet l’eau au centre

La DREAL Normandie prépare le 5e plan de gestion de la réserve naturelle nationale de l’estuaire de la Seine, avec l’eau comme sujet central.

Illustration - Eau et roselière estuarienne

La DREAL Normandie prépare le 5e plan de gestion de la réserve naturelle nationale de l’estuaire de la Seine. Le signal vient d’un avis de marché publié le 10 juin, pour une assistance à maîtrise d’ouvrage de 21 mois. Derrière la procédure, c’est la gestion de l’eau qui revient au centre dans l’un des espaces naturels les plus sensibles et les plus aménagés du département.

Les offres sont attendues jusqu’au 11 septembre 2026. Le coût du marché n’est pas indiqué dans l’avis. La mission doit aider l’État à élaborer le prochain plan de gestion, alors que le 4e plan, approuvé en 2018 puis révisé en 2023, est validé pour dix ans. Le calendrier n’est donc pas improvisé : il prépare la suite avant l’échéance de 2028.

La réserve couvre 8 528 hectares, sur 17 communes du Calvados, de l’Eure et de la Seine-Maritime, entre le pont de Tancarville et la mer. Elle est traversée par le pont de Normandie. On y trouve des vasières, des roselières, des prairies humides, des milieux marins et une forte présence d’oiseaux. Mais ce n’est pas un morceau de nature mis sous cloche. L’estuaire est aussi un territoire de ports, d’industries, de digues, de routes, d’agriculture, de chasse, de coupe du roseau et de pêche.

Ce mélange donne son poids au plan de gestion. Il fixe des objectifs écologiques, mais il encadre aussi des usages très concrets. Les agriculteurs, les chasseurs et les coupeurs de roseaux sont soumis à des cahiers des charges. La Maison de l’estuaire, gestionnaire de la réserve par convention avec l’État, assure la surveillance, l’entretien, le suivi scientifique, des travaux de génie écologique et l’accueil du public. La DREAL suit la réserve côté État.

Le point le plus révélateur est l’hydraulique. Dans certains secteurs, les marées continuent d’agir naturellement. Dans d’autres, les espaces endigués ne sont plus soumis directement à la Seine : ils sont alimentés par des fossés, des filandres et une dizaine de vannes qui permettent de régler les niveaux d’eau. En hiver, au printemps ou en été, ces niveaux ne racontent pas la même chose pour une prairie, une roselière, un oiseau nicheur ou une exploitation agricole.

Le prochain plan devra intégrer cette mécanique avec une contrainte plus forte : l’adaptation au changement climatique. La DREAL l’a écrit après le comité consultatif 2024 : le passage d’un marais fermé par l’endiguement à un espace offrant une circulation plus libre de l’eau sera étudié. À ce stade, la DREAL parle d’une étude, pas d’un programme de travaux. Mais cette ligne de travail pose déjà la question centrale de l’estuaire aménagé : combien d’eau faut-il encore contrôler, et combien de mouvement peut-on rendre au milieu ?

Cette question rejoint un autre sujet déjà visible autour du Havre : la manière dont le territoire apprend à vivre avec l’eau, par la mémoire du risque d’inondation comme par la gestion quotidienne des zones humides. Dans la réserve, cette adaptation passera moins par de grands discours que par des choix de seuils, de vannes, de cahiers des charges et de saisons.

Le 5e plan ne dira donc pas seulement comment protéger un site remarquable. Il devra organiser la cohabitation locale entre fleuve, mer, ports, oiseaux, prairies et usages humains. Le travail commence avec un marché public lancé à Rouen. Il se poursuivra dans les marais endigués de l’estuaire, là où quelques centimètres d’eau peuvent changer la vie d’une roselière.

Sources consultées
  1. France Marchés / BOAMPAvis de marché n°26-57047, Assistance à maîtrise d’ouvrage pour l’élaboration du 5ème plan de gestion de la Réserve Naturelle Nationale de l’Estuaire de la Seine
  2. DREAL NormandiePlan de gestion de la RNNES
  3. DREAL NormandiePrésentation de la RNNES
  4. DREAL NormandieRéserve naturelle nationale de l’estuaire de la Seine : un comité consultatif 2024 tourné vers l’avenir
  5. Maison de l’EstuaireLa gestion de l’hydraulique