L’ENSA Normandie lance Rebond, une formation post-master consacrée au réemploi des matériaux dans le bâtiment. Le cursus, prévu sur un an à partir de la rentrée 2026, se tiendra principalement à Darnétal, avec des temps forts au Havre et en région parisienne, dans le cadre de PolyCampus LH 2030, piloté par l’Université Le Havre Normandie.
Rebond accompagne surtout l’apparition d’un métier plus net. Réemployer dans le bâtiment, ce n’est pas seulement récupérer une porte, quelques briques ou un lavabo avant la benne. C’est savoir si ces éléments peuvent encore servir, comment les déposer sans les abîmer, où les stocker, comment les prescrire dans un projet, les faire accepter par un contrôleur technique, les assurer, puis les remettre en œuvre dans un calendrier de chantier.
Le besoin est massif, mais la pratique reste minuscule. Dans son bilan 2024 de la filière REP des produits et matériaux de construction du bâtiment, l’Ademe indique qu’environ 180 millions de tonnes de produits et matériaux ont été mises sur le marché en France. La même année, 10,7 millions de tonnes de déchets issus de ces produits ont été prises en charge par les éco-organismes en vue de leur valorisation, pour seulement 29 000 tonnes réemployées. L’ordre de grandeur dit tout : la filière sait déjà collecter et orienter une partie des déchets ; elle sait encore mal conserver l’usage de ce qui existe déjà.
Rebond vise précisément cette zone grise entre bonne intention écologique et chantier réalisable. Son programme aborde le cycle de vie des matériaux, les filières du gros œuvre et du second œuvre, la déconstruction sélective, la logistique, les plateformes physiques ou numériques, les règles professionnelles, les garanties, le contrôle technique, les assurances, les bilans carbone et les diagnostics. Un atelier de vingt jours en situation réelle est annoncé avec des acteurs du territoire, même si le site d’étude n’est pas encore nommé.
Le cadre réglementaire pousse déjà dans ce sens. Le diagnostic PEMD, pour produits, équipements, matériaux et déchets, s’applique aux démolitions ou rénovations significatives de certains bâtiments, notamment au-dessus de 1 000 m² de surface de plancher. Il doit identifier les matériaux attendus et donner priorité au réemploi ou, à défaut, à la valorisation. Mais un diagnostic ne suffit pas à fabriquer une filière. Il faut des personnes capables de passer de l’inventaire à la décision de chantier.
Le lien havrais passe par PolyCampus LH 2030, projet France 2030 coordonné par l’Université Le Havre Normandie avec l’ENSA Normandie et l’ESADHaR. Son périmètre touche aux bâtiments, aux ressources et aux besoins professionnels d’un territoire de ports, de friches, d’entrepôts, de logements et d’équipements publics.
Pour cette première rentrée, les candidatures sont ouvertes jusqu’au 14 juin 2026 à 23h59. Les candidats doivent d’abord créer un dossier sur admission.archi.fr, puis compléter le formulaire de candidature indiqué par l’ENSA Normandie sur la page officielle du DPEA Rebond. La formation ne prouve pas, à elle seule, que le réemploi va devenir courant. Elle montre quelque chose de plus concret : avant qu’un chantier puisse réutiliser une brique, une menuiserie ou un radiateur, quelqu’un doit apprendre à les reconnaître comme des matériaux encore capables de travailler.