À Bolbec, l’ancienne usine Desgenétais doit accueillir à partir de 2028 la Cité du Textile de demain. Caux Seine agglo veut y réunir un musée, des formations, des ateliers de production, une pépinière d’entreprises, des logements et des espaces ouverts autour de la rivière du Commerce.
Le projet se comprend mieux si l’on part de la friche, pas de la promesse. Sur environ 7 hectares, il ne suffit pas d’installer une enseigne textile sur un ancien site industriel. Il faut démolir, dépolluer, sécuriser, restaurer la rivière, puis faire venir des écoles, des entreprises, des artisans et des acteurs culturels capables d’occuper le lieu dans la durée.
En 2024, Caux Seine Développement indiquait que les premiers travaux de démolition et de dépollution étaient lancés, pour 1,5 million d’euros, financés par la Région Normandie, l’EPFN et Caux Seine agglo. En juin 2025, le préfet de Normandie a soumis la réhabilitation du site à évaluation environnementale. À l’automne 2025, le maître d’œuvre annonçait la réception de travaux sur la rivière du Commerce, après un marché passé par Caux Seine agglo pour restaurer ce cours d’eau sur la friche.
Voilà le cœur du sujet: Bolbec ne tente pas seulement de sauver une mémoire textile. La collectivité essaie de rendre réutilisable un morceau de ville industrielle, avec ses bâtiments, ses sols, son eau et ses accès, pour y remettre une activité productive adaptée aux contraintes actuelles.
Le coût reste à préciser selon le périmètre. Bercy présentait en 2024 un projet de 27,5 millions d’euros. D’autres sources évoquent une enveloppe d’environ 30 à 35 millions d’euros, selon les éléments retenus. Le détail par tranche n’est pas encore public. Cette incertitude compte, parce que le projet n’est pas un équipement unique: il mélange aménagement, patrimoine, formation, production, environnement et modèle économique.
En septembre 2025, le conseil municipal de Bolbec a approuvé l’adhésion de la ville à l’association de préfiguration “Cité du Textile de Demain”. Les membres fondateurs prévus associent Caux Seine agglo, Bolbec, la Région Normandie, Façon de Faire, l’ESADHaR, Techtera, l’association Au Fil de la Mémoire et la Chambre des métiers et de l’artisanat de Normandie. Cette structure doit préparer les actions nécessaires au projet, avant une possible évolution vers un autre outil juridique.
Le volet formation donne au projet sa cohérence la plus solide. L’ESADHaR travaille à un master Design Textile destiné à s’implanter à Bolbec, dans une offre qui pourrait aller du CAP au bac+5. La Cité ne promet donc pas le retour des grandes filatures. Elle parie plutôt sur des séries plus petites, de l’expérimentation, des fibres locales ou recyclées, du design, de la réparation, de l’upcycling et de la transmission de gestes.
Ce pari a du sens pour Bolbec, mais il n’est pas gagné par avance. Une friche transformée en “lieu totem” peut vite devenir une belle enveloppe si les occupants, les formations et les ateliers ne suivent pas. Sa réussite se mesurera moins aux mots “innovation textile” qu’aux machines installées, aux étudiants présents, aux entreprises hébergées et aux visiteurs du futur musée.
Pour l’instant, Desgenétais se trouve dans une phase moins visible que décisive: celle où l’on règle le terrain, l’eau, les statuts et les partenaires avant de pouvoir dire qu’un nouveau quartier textile existe vraiment à Bolbec.
Sources consultées
- Caux Seine aggloLa Cité du Textile de Demain
- DREAL NormandieRéhabilitation de la friche Desgenétais dans le cadre de la création d’un quartier du textile sur la commune de Bolbec
- Ville de BolbecProcès-verbal du conseil municipal du 17 septembre 2025
- Ministère de l’Économie et des FinancesDéplacement de Marie-Agnès Poussier-Winsback en Seine-Maritime à la Cité du textile de demain
- Caux Seine DéveloppementRapport d’activité 2024
- E-marchespublicsTravaux de restauration de la rivière du Commerce sur la friche Desgenétais à Bolbec