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À Penly, avant les réacteurs, EDF fabrique déjà le chantier

À Petit-Caux, l’EPR2 se lit déjà dans la falaise, la mer, les routes, les parkings et l’électricité provisoire du chantier.

Illustration - Falaise et chantier nucléaire

À Penly, les futurs EPR2 ne ressemblent pas encore à des réacteurs. En mai 2026, ils prennent d’abord la forme d’une falaise retaillée, d’une plateforme avancée vers la mer, de routes de chantier, de parkings, de modulaires et d’un poste électrique capable d’alimenter le réseau de chantier.

Ce décor prépare deux réacteurs d’environ 1 670 MWe chacun. À eux deux, selon le dossier EDF-RTE présenté au débat public, ils pourraient produire l’équivalent de la consommation électrique actuelle de la Normandie. EDF vise désormais une mise en service du premier réacteur de Penly en 2038, puis des suivants du programme à intervalles de 12 à 18 mois. Le groupe chiffre les six premiers EPR2 à 72,8 milliards d’euros 2020. Le coût isolé de la paire de Penly n’est pas présenté comme tel dans cette estimation.

Le chantier est encore dans sa phase préparatoire, ouverte après les autorisations environnementales obtenues en 2024. La construction des bâtiments destinés à recevoir du combustible nucléaire dépend toujours de l’autorisation de création des installations. L’ASNR a publié ses avis techniques sur la demande d’EDF; le décret d’autorisation n’est pas encore acquis. Mais le territoire, lui, est déjà engagé.

EDF indique que plus de 1 000 salariés travaillent actuellement sur le site. La falaise est reprofilée sur trois niveaux, à 44, 64 et 84 mètres, pour créer des plateformes et dégager l’espace nécessaire aux futures unités. En front de mer, près de vingt hectares sont en cours d’aménagement. Trois casiers sont remblayés avec 1,7 million de m³ de craie extraite de la falaise. Une digue, protégée par enrochements et blocs de béton, doit tenir cette nouvelle bordure face aux vagues.

Avant de produire de l’électricité, un chantier nucléaire doit produire ses propres conditions d’existence: du sol, des accès, de l’eau, du béton, de l’électricité, des flux de salariés et de matériaux. L’Autorité environnementale donne l’ordre de grandeur du projet complet: 41 hectares de terrains complémentaires achetés, 25 hectares pour les deux nouvelles unités, 1,4 million de m³ de béton et 180 000 tonnes d’acier attendus pour les constructions.

Cette organisation déborde forcément du périmètre industriel. Les routes départementales RD925 et RD313 doivent être élargies pour les convois exceptionnels. Environ 3 000 places de stationnement sont prévues sur site, complétées par des parkings déportés et des navettes. Au lieu-dit Berneval, sur près de dix hectares à Petit-Caux, le principal parking déporté doit offrir environ 400 places, avec une partie de l’emprise rendue à l’agriculture en fin de chantier.

Cette mécanique d’accueil, déjà visible dans les lits et parkings autour de Penly, trouve ici son pendant matériel. Le chantier a désormais son propre poste électrique: le poste Camille, reconstruit en près de deux ans, fournit jusqu’à 45 MW et alimente le réseau de chantier en 20 kV, indépendamment de la centrale existante. EDF installe aussi des centrales à béton, des bassins de traitement des eaux pluviales, des voies internes et des modulaires dont certains doivent accueillir leurs premiers occupants en septembre.

Préparer tôt ces infrastructures évite qu’un projet de cette taille ne se heurte à ses propres accès, à son stationnement, à son alimentation électrique ou à ses besoins de chantier. Cela engage aussi Petit-Caux et le pays dieppois avant les réacteurs eux-mêmes: routes, foncier, hébergements, entreprises et services commencent déjà à s’adapter à un programme dont la partie nucléaire reste suspendue à ses derniers feux verts.

À Penly, la relance nucléaire française ne commence pas par une salle de commande. Elle commence par une falaise tenue, une digue, une route élargie, un parking à Berneval et un poste électrique au bord de la Manche.

Sources consultées
  1. EDF EPR2 PenlyLes dernières avancées du chantier au 18 mai 2026
  2. EDF EPR2 PenlyUn poste de 45MW pour alimenter le chantier EPR2
  3. Autorité environnementale, IGEDDAvis délibéré n°2025-105 du 10 octobre 2025, Implantation de deux unités de production EPR2 sur le site de Penly
  4. ASNRRéacteurs EPR2 de Penly: l’ASNR achève la phase d’expertise de la demande d’autorisation de création
  5. Préfecture de NormandieLe Grand Chantier de l’EPR2 à Penly