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À Beauvoisine, Rouen commence par fouiller sous le musée

La Métropole prépare des fouilles préventives pour restaurer Beauvoisine, étape discrète d’un chantier patrimonial rouennais aussi attendu que discuté.

Illustration - musée en chantier

Au 198 rue Beauvoisine, la restauration du futur musée commence par une étape peu visible : fouiller le sol avant de refaire les salles. La Métropole Rouen Normandie vient de lancer une consultation pour des travaux d’archéologie préventive dans le cadre du chantier Beauvoisine.

Le marché décrit surtout une méthode. Les fouilles seront réalisées sur les emprises fixées par arrêtés préfectoraux, au fil de la réhabilitation du pôle muséal. Chaque opération devra produire un rapport, puis conditionner et déposer le mobilier archéologique et la documentation scientifique. Selon l’avis, le contrat doit débuter le 1er septembre 2026 pour vingt-quatre mois, avec des reconductions possibles jusqu’à quatre ans.

La procédure en dit long sur Beauvoisine. Ce n’est pas seulement un musée fermé pour travaux. C’est un ancien couvent de la Visitation Sainte-Marie, une adresse rouennaise chargée de collections, de vitrines, de souvenirs scolaires, d’animaux naturalisés, de fragments de monuments et d’objets antiques, avec des salles dont beaucoup d’habitants gardent une image précise. Avant même les futures scénographies, le chantier est déjà matériel : collections à traiter et conditionner, planchers à sécuriser, bâtiments à réhabiliter, sol à examiner.

Le futur musée doit réunir le Muséum d’histoire naturelle et le musée des Antiquités, avec une ouverture prévue en 2028. Ces deux institutions n’ont pas la même histoire, mais leurs collections se répondent dans le même ancien couvent. Le Muséum y est installé depuis 1828. Le musée des Antiquités a été fondé en 1831 pour sauvegarder des fragments de monuments et des objets d’art et d’archéologie, notamment révélés par les fouilles du théâtre antique de Lillebonne.

Cette profondeur donne au chantier sa tension. À Beauvoisine, moderniser ne consiste pas simplement à vider, refaire et rouvrir. En janvier 2026, le tribunal administratif de Rouen a fait partiellement droit à une demande visant la protection de la muséographie historique du Muséum. Il a relevé l’intérêt patrimonial des vitrines, îlots centraux et dioramas, et estimé que le programme de rénovation pouvait porter atteinte à leur cohérence et à leur intégrité. La critique du projet ne se limite pas à ces éléments : La Tribune de l’Art a aussi dénoncé le coût annoncé de l’opération, les transformations architecturales prévues et le risque d’effacement d’une partie de la muséographie ancienne.

Les fouilles préventives ajoutent une autre couche à cette même histoire. Le musée que Rouen prépare pour 2028 doit parler des collections, du vivant, des cultures et des traces laissées sur le territoire. Mais avant de raconter, il doit inventorier ce qu’il déplace, protéger ce qu’il conserve et vérifier ce que son propre sous-sol peut encore livrer. Pour un lieu consacré à la curiosité, ce n’est pas un mauvais début : regarder sous ses pieds avant de changer de visage.

Sources consultées
  1. France Marchés, reprise de l’avis BOAMP n° 26-55413Avis de marché - Réalisation de travaux de fouilles d'archéologie préventive dans le cadre de la Restauration du musée Beauvoisine
  2. Métropole Rouen NormandieMusée Beauvoisine
  3. Musée des AntiquitésChantier des collections
  4. Muséum de RouenMuséum d’Histoire Naturelle
  5. Tribunal administratif de RouenMuséum d’histoire naturelle de Rouen : placement sous le régime de l’instance de classement, au titre des monuments historiques
  6. La Tribune de l’ArtLe musée Beauvoisine à Rouen : un projet ruineux et destructeur