À Rouen, une ancienne église fermée depuis 2015 se visite de nouveau sous un jardin suspendu. Depuis le 29 mai, Sainte-Croix-des-Pelletiers accueille Meadow, jardin suspendu, une installation du studio néerlandais DRIFT présentée dans le cadre de Normandie Impressionniste jusqu’au 27 septembre.
Le geste est simple : pousser la porte d’un lieu que le public ne voyait plus. L’ancienne église, construite aux XVe et XVIe siècles et inscrite au titre des monuments historiques, n’est pas encore rouverte pour une nouvelle vie complète. Mais cette parenthèse artistique montre déjà ce que Rouen cherche à récupérer : un bâtiment fermé, chargé d’histoire, capable de retrouver du public.
La collecte lancée avec la Fondation du patrimoine arrive à ce moment précis. Elle vise des éléments très concrets : compléter le budget de restauration de la fontaine, consolider les décors peints de la voûte, restaurer l’échoppe, remettre en peinture la voûte en bois, reprendre les décors sculptés. Les seuils affichés vont de 4 000 à 18 000 euros selon les postes. Le club des Mécènes 276 Eure-Seine-Maritime a déjà apporté 10 000 euros pour la fontaine.
Ces montants disent bien l’échelle du sujet. Quelques milliers d’euros peuvent financer une fontaine ou une voûte. Le retour complet du lieu, lui, se joue beaucoup plus haut. Dans une délibération d’octobre 2025, la Ville de Rouen évaluait à 3,5 millions d’euros la mise en sécurité et la réhabilitation de Sainte-Croix-des-Pelletiers, dont 2,4 millions pour la restauration et 1,1 million pour les aménagements liés au futur usage.
Le projet retenu par la Ville s’appelle La Nef. Porté par l’association Réenchantons Ste-Croix, il prévoit de transformer l’ancienne église en lieu culturel hybride, avec deux salles de projection, des espaces associatifs, un café modulable et une terrasse végétalisée. L’objectif n’est donc pas seulement de préserver une enveloppe ancienne, mais de lui rendre une fonction.
La collecte n’est qu’une partie de l’histoire. Rouen possède un patrimoine monumental très visible, mais aussi des bâtiments plus modestes, plus difficiles à maintenir dans la vie quotidienne de la ville. Tous ne peuvent pas vivre comme la cathédrale ou les grands musées. Certains doivent retrouver un usage pour ne pas rester fermés et invisibles.
Sainte-Croix-des-Pelletiers a déjà connu plusieurs vies : église, bâtiment désaffecté après la Révolution, entrepôt, puis salle municipale de spectacles, de concerts et de conférences. Sa prochaine étape se dessine maintenant entre trois leviers : une réouverture artistique temporaire, une collecte patrimoniale et un projet culturel de long terme.
Pour le visiteur de cet été, l’expérience reste d’abord très simple : entrer dans une ancienne église rouennaise et découvrir un jardin suspendu là où le bâtiment était clos depuis dix ans. Pour la Ville, l’enjeu est plus durable : faire revenir du public avant que Sainte-Croix-des-Pelletiers ne devienne seulement une belle ligne de plus dans la liste des monuments à entretenir. Une vieille église, à Rouen, n’a pas forcément besoin de silence éternel. Elle peut aussi avoir besoin d’une voûte restaurée, d’un peu de public et de quelques donateurs bien inspirés.