Avant d’être une crevette visible dans les filets ou sur un étal, Palaemon serratus passe par des stades larvaires minuscules. Sur ces formes très jeunes, des chercheurs havrais veulent observer ce que certains polluants font au vivant marin.
Le projet s’appelle STRATA. Porté par le laboratoire SEBIO de l’Université Le Havre Normandie, financé par l’Anses et prévu sur la période 2024-2028, il vise à développer un biotest sur les jeunes stades de la crevette bouquet. L’objectif: mieux évaluer le risque chimique en milieu marin, avec une application aux PFAS, ces composés persistants désormais très surveillés dans l’eau.
L’idée n’est pas de transformer la crevette en sirène d’alarme. Un biotest ne dit pas, à lui seul, l’état général de la mer. Il permet plutôt de regarder comment un organisme vivant réagit à différentes concentrations de contaminants: développement, comportement, effets biologiques. Pour un territoire comme Le Havre, entre port, estuaire, baie de Seine et littoral de pêche, cette lecture du vivant donne une prise concrète sur des pollutions souvent invisibles.
Un autre projet, PECOC, donne au sujet un ancrage plus maritime que sanitaire. Il porte sur la pêche côtière de crevettes en Normandie, notamment en baie de Seine et dans l’estuaire, de l’embouchure jusqu’à Rouen. Les crevettes bouquet, blanches et grises y sont suivies avec la Cellule de Suivi du Littoral Normand, en lien avec de petites unités de pêche dans plusieurs ports, dont Le Havre, Honfleur, Trouville, Ouistreham et Courseulles.
Les deux projets ne racontent pas la même chose. STRATA cherche à construire un outil de toxicologie. PECOC regarde une ressource, des populations et une activité de pêche. Mis côte à côte, ils dessinent pourtant un même littoral: des crevettes pêchées, observées, testées, dans une baie où l’activité humaine et le vivant marin se croisent en permanence.
La promesse est volontairement limitée. Pas de diagnostic global, pas de grand frisson environnemental. Au Havre, une petite crevette sert surtout à poser une bonne question: quand l’eau ne montre presque rien, que peut encore révéler le vivant?