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Au Madrillet, les savoir-faire de la mobilité cherchent une porte vers la défense

NextMove publie une feuille de route Défense pour aider les entreprises de mobilité à aborder ce marché autour de Rouen.

Capteur industriel près du Madrillet

Un capteur conçu pour un véhicule autonome, un logiciel embarqué pensé pour une navette, un matériau testé pour alléger une pièce automobile: autour du Madrillet, certaines briques de la mobilité peuvent aussi intéresser la défense.

C’est la piste ouverte par NextMove. Le pôle Automobile & Mobilités, implanté à Saint-Étienne-du-Rouvray et actif en Normandie comme en Île-de-France, vient de publier une feuille de route Défense. Elle ne raconte pas une conversion de la filière automobile aux marchés militaires. Elle décrit plutôt une voie de diversification pour des entreprises capables d’industrialiser des technologies exigeantes.

Pour une PME de la mobilité, la défense n’est pas un client ordinaire. NextMove insiste sur des prérequis qui changent vite la nature de la discussion: sécurité économique, cybersécurité, propriété intellectuelle, export, confidentialité, exigences de qualité, logique de programme. Avoir une bonne technologie ne suffit pas. Il faut savoir si elle peut entrer dans une chaîne plus fermée, plus lente, plus contrôlée.

Autour de Rouen, cette passerelle parle à un écosystème déjà dense. Rouen Normandy Invest recense, dans la mobilité décarbonée locale, 13 000 salariés et 230 entreprises. Le Madrillet concentre aussi écoles, laboratoires, centres de recherche et compétences en électronique, matériaux, propulsion, logiciels ou essais. La feuille de route de NextMove essaie surtout de traduire ces savoir-faire dans le langage d’un autre marché.

Le contexte explique pourquoi cette traduction arrive maintenant. La France a engagé une loi de programmation militaire de 413,3 milliards d’euros sur 2024-2030, et la région a lancé en mars 2026 un fonds Normandie Défense de 5 millions d’euros pour renforcer des PME industrielles de la filière. Ces chiffres ne promettent rien à eux seuls aux entreprises de Seine-Maritime. Ils disent seulement qu’une porte s’ouvre davantage, à condition de savoir y frapper correctement.

Le rôle de NextMove se joue précisément là: acculturer, aider à financer des projets, monter des consortiums, organiser des rencontres avec les bons interlocuteurs. Le DGA PME Tour consacré aux mobilités aéroterrestres automatisées, organisé en février avec plusieurs pôles et acteurs de la défense, donne le modèle: exposer les besoins, expliquer les règles du jeu, puis créer des rendez-vous utiles.

La suite dira si des entreprises normandes transforment cette ouverture en contrats, en projets ou en recrutements. Pour l’instant, le signal est plus modeste, mais plus solide: au Madrillet, la diversification industrielle ne consiste pas seulement à inventer la voiture de demain. Elle consiste aussi à reconnaître qu’une pièce, un logiciel ou un banc d’essai peut parfois avoir une seconde carrière. À condition, bien sûr, de passer le contrôle à l’entrée.