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Boucles de la Seine : avant les travaux, les PLU changent de ligne

À Tancarville et La Cerlangue, le projet RTE quitte les cartes et les enquêtes publiques pour entrer dans les règles communales d’urbanisme.

Ligne électrique près de la Seine

Avant les pelleteuses, il y a parfois une phrase à ajouter dans un règlement communal. À Tancarville et La Cerlangue, les Boucles de la Seine commencent par là : modifier le plan local d’urbanisme pour permettre à RTE de faire passer ses ouvrages.

Le 7 mai 2026, RTE a annoncé que les autorisations administratives de la tranche 2 étaient délivrées. Deux déclarations d’utilité publique ont été publiées le 24 avril : l’une pour la future ligne aérienne à 400 000 volts entre Rougemontier, dans l’Eure, et Roseaux, à Saint-Jean-de-Folleville ; l’autre pour la liaison souterraine à 225 000 volts entre Saint-Jean-de-Folleville et Sandouville. L’autorisation environnementale a suivi le 5 mai.

Le changement paraît administratif. Il est pourtant très local. À La Cerlangue, le dossier de mise en compatibilité vise la double liaison souterraine à 225 000 volts entre le futur poste de Noroit, à Sandouville, et le futur poste de Roseaux, à Saint-Jean-de-Folleville. Le problème est simple : le fuseau du projet ne rentrait pas dans les règles de la zone naturelle du PLU. Le règlement doit donc être ajusté pour autoriser, de façon ciblée, les ouvrages du réseau public de transport d’électricité nécessaires au projet.

À Tancarville, l’adaptation touche plusieurs zones du PLU, notamment UR, UL et UE, ainsi que des prescriptions liées au risque de crue de la Seine. Là encore, il ne s’agit pas de changer la vocation générale de la commune, mais de faire entrer le réseau électrique dans le droit local, avec ses tracés, ses contraintes et ses futures interventions.

Le détour par les PLU dit mieux ce qui change localement qu’un grand discours sur la transition énergétique. La vallée de la Seine doit absorber une demande électrique beaucoup plus forte, portée par l’industrie, les ports et la décarbonation des sites existants. L’Autorité environnementale indique que les nouveaux ouvrages feraient passer la capacité du réseau d’environ 600 MW à environ 3 000 MW. Ce saut d’échelle ne se décide pas seulement dans les postes électriques : il finit aussi dans les règlements de Tancarville et de La Cerlangue.

Le feu vert administratif ne ferme donc pas le dossier local. Il déplace l’attention vers la suite : accès de chantier, emprises temporaires, coordination avec les propriétaires, circulation des engins, remise en état des terrains et suivi des prescriptions environnementales. À Sandouville, le chantier du poste électrique de Noroit a déjà commencé et doit durer jusqu’à fin 2029. Pour les communes traversées par la liaison souterraine, la partie la plus visible viendra avec l’organisation concrète des travaux.

Un point du rapport d’enquête dit aussi la difficulté du sujet : la concertation préalable de juillet 2025 sur les mises en compatibilité de La Cerlangue et Tancarville n’a pas suscité de remarques du public. Ce n’est pas forcément le signe d’un dossier sans enjeu. C’est peut-être surtout le signe qu’une modification de PLU devient rarement parlante avant d’avoir pris la forme d’un accès de chantier, d’une tranchée ou d’une parcelle remise en état.

Après le feu vert administratif déjà obtenu, le sujet local se précise. À Tancarville et La Cerlangue, la question n’est plus seulement de savoir pourquoi le réseau doit être renforcé. Elle devient plus pratique : où passe-t-il, que faut-il modifier pour l’accueillir, et comment les communes garderont-elles l’œil sur la suite ? Pour l’instant, le chantier tient encore dans les petites lignes du PLU. Moins bruyant qu’une foreuse, mais déjà très concret.