Au Tréport, chemin de Mancheville, une aire de 55 emplacements raconte déjà une partie du futur EPR2 de Penly. Elle accueille des camping-cars, mais sa cible n’est pas d’abord le vacancier d’été: ce sont les salariés du chantier, assez mobiles pour venir travailler sur la côte, pas assez proches pour rentrer dormir chez eux.
C’est par là que le grand chantier devient très concret pour le territoire. Avant les réacteurs, il faut des lits, des parkings, des repas, des trajets, des entreprises capables de répondre aux appels d’offres, des réseaux capables d’alimenter la base de travaux. EDF a relancé le sujet le 21 mai, en présentant l’EPR2 comme un moteur économique local. Encore faut-il voir ce que cela change vraiment sur place.
Les premiers chiffres donnent déjà une échelle. À fin 2025, le baromètre publié par l’État et EDF recensait 97,8 millions d’euros de prestations réglées à des établissements normands depuis 2020. Entre janvier et novembre 2025, 72 % des marchés de site auraient été obtenus par des entreprises locales. Le chantier comptait alors 883 salariés présents en moyenne, avec 55 à 60 % d’emploi local en intégrant les intérimaires et les recrutements.
Mais le vrai test arrive avec la montée en charge. Le pic d’affluence est estimé à 10 000 salariés, avec des scénarios pouvant aller jusqu’à 12 000. Environ 60 % pourraient venir d’ailleurs et devoir être hébergés dans le secteur. Cela change la nature du sujet: on ne parle plus seulement d’un grand projet industriel à Penly, mais d’une capacité d’accueil à construire autour de Dieppe, Petit-Caux et Le Tréport.
Les réponses commencent à se voir. Au Tréport, l’aire de camping-cars permet de loger des salariés tout en évitant de remplir les aires touristiques classiques. À Dieppe Sud, la friche de la Laiterie Abraham doit accueillir des logements pour les travailleurs avant d’être reconvertie en logements sociaux familiaux. L’objectif global tourne autour de 6 000 nouvelles places d’hébergement, dont plus de 5 400 étaient programmées début décembre 2025.
L’économie locale se joue aussi dans des métiers moins visibles que le génie civil: transport, gardiennage, restauration, déchets, maintenance, plateaux repas. Les retombées se vérifieront surtout là. Un territoire peut afficher des millions d’euros de marchés; il reste à savoir quelle part nourrit durablement les entreprises du coin, et quelle part ne fait que passer avec les grands donneurs d’ordre.
Même l’électricité du chantier dit quelque chose de cette organisation. Le poste Camille, reconstruit et mis en service fin mars, apporte jusqu’à 45 MW pour alimenter le chantier en 20 kV, sans dépendre de la centrale existante. Avant de produire de l’électricité, l’EPR2 doit déjà en consommer beaucoup.
Le chantier dessine déjà une carte pratique: travailler à Penly, dormir au Tréport ou à Dieppe, circuler entre les deux, trouver de quoi manger, stationner, répondre à un marché, maintenir un équipement. Le chantier ne se voit pas seulement derrière les clôtures. Il se voit déjà dans une aire de camping-cars, une friche à reconvertir, un repas livré et des logements qui devront encore servir quand les casques seront repartis.