
À Monthyon, en Seine-et-Marne, les futures crevettes de Lisaqua auront pour voisin une usine d’incinération des déchets ménagers. Sa chaleur résiduelle doit maintenir leurs bassins autour de 28 °C, mais surtout réduire une dépense qui complique l’élevage de crustacés tropicaux en France : le chauffage.
Dans un bâtiment de 6 000 m², l’entreprise nantaise prépare sa première ferme industrielle, avec un objectif initial de 100 tonnes de crevettes par an. Dix fois la capacité de son site pilote près de Nantes. La première récolte est annoncée pour début 2027.
Jusqu’à 7 euros économisés par kilo, selon Lisaqua
Sous les tropiques, l’eau chaude est fournie par le climat. En Seine-et-Marne, il faut la produire toute l’année. Pour un élevage à terre, dont les bassins doivent rester à température constante, le chauffage représente une dépense importante dans le coût de production.
Monthyon possède précisément la ressource recherchée. L’unité de valorisation énergétique exploitée par Veolia pour le SMITOM du Nord Seine-et-Marne produit de la chaleur en incinérant les déchets ménagers. Une partie de cette énergie, auparavant inutilisée, doit désormais alimenter la ferme.
Le partenariat remonte à un appel à projets lancé en 2021, suivi d’un contrat signé en novembre 2024. Il répond à une contrainte économique autant qu’environnementale.
Selon les estimations communiquées par Lisaqua à L’Informateur Judiciaire en septembre, cette chaleur serait dix à vingt fois moins chère que celle produite au gaz, permettant d’économiser entre 5 et 7 euros par kilogramme de crevettes.
À 100 tonnes annuelles, cela représenterait théoriquement 500 000 à 700 000 euros d’économies par an par rapport au chauffage au gaz, si les volumes et les gains annoncés sont atteints. Un montant considérable pour une activité qui doit encore démontrer sa compétitivité industrielle.
Le procédé fonctionne déjà. Pas encore à cette échelle
Lisaqua ne part pas de zéro. Depuis 2022, sa ferme de Saint-Herblain, près de Nantes, élève et commercialise des crevettes auprès de restaurateurs et de poissonniers.
Son procédé breveté, appelé « permaquaculture », associe les crevettes à des bactéries, micro-algues et petits organismes marins. Ceux-ci participent à la transformation des déchets de l’élevage et permettent de réutiliser une grande partie de l’eau. L’entreprise indique également produire ses crustacés sans antibiotiques ni sulfites.
Cette maîtrise biologique doit maintenant changer d’échelle. Passer de moins de dix tonnes annuelles dans une ferme pilote à une centaine de tonnes impose de maintenir la qualité de l’eau, la croissance des animaux et le fonctionnement des équipements sur des volumes beaucoup plus importants.
L’entreprise a levé plus de 9 millions d’euros en 2025, puis obtenu 14,5 millions d’euros de prêts en avril 2026 pour accompagner son industrialisation.
Rentabiliser l’élevage ne suffit pas
L’avantage énergétique ne règle pas toute l’équation. Gabriel Boneu, cofondateur de Lisaqua, expliquait en septembre que le modèle de production était déjà rentable, mais que l’entreprise devait encore grandir pour absorber ses dépenses de recherche, d’ingénierie et de développement.
D’où une deuxième étape envisagée à Monthyon : passer de 100 à 500 tonnes annuelles entre 2028 et 2030, grâce à l’ajout de nouveaux modules. Le projet prévoit une quinzaine de recrutements locaux, notamment dans l’élevage, la maintenance et le contrôle qualité. Les candidats peuvent consulter la page de recrutement de Lisaqua.
La ferme vise les poissonniers et restaurateurs franciliens, un marché accessible sans transporter des crevettes fraîches depuis les régions tropicales. Mais ses performances énergétiques réelles, son coût de production et sa capacité à fournir des volumes réguliers restent à établir.
Les recrutements se poursuivaient à l’automne 2026, avec notamment des prises de poste annoncées pour novembre 2026 et janvier 2027. Le démarrage effectif de l’élevage à Monthyon n’a pas encore été confirmé publiquement.
La première récolte, prévue début 2027, constituera un premier test industriel. Il faudra ensuite produire régulièrement pour vérifier si la chaleur récupérée des déchets de Seine-et-Marne permet réellement à cette ferme de crevettes de tenir ses objectifs économiques.
Sources consultées
- SMITOM du Nord Seine-et-MarneL'Unité de valorisation énergétique de Monthyon prête à alimenter en chaleur la plus grande ferme aquacole d'élevage de crevettes en France
- L'Informateur JudiciaireÉlevage de crevettes : Lisaqua plonge dans le grand bain
- LisaquaLisaqua : l'aquaculture innovante et durable soutenue par un Blue Loan de 14,5 millions d'euros
- Ville de Saint-HerblainAvec Lisaqua, l'aquaculture devient durable
- Veolia FranceÀ Monthyon, la chaleur résiduelle de l'unité de valorisation énergétique va alimenter la ferme aquacole de Lisaqua