
Dans la forêt régionale de Ferrières, entre Bussy-Saint-Georges et Favières, 84 hectares obéissent désormais à une règle inhabituelle : laisser les arbres vieillir, mourir et tomber sans les retirer. L’arrêté créant la réserve biologique intégrale des Buronnières, signé le 28 mai 2026 et publié le 7 juin, y interdit les interventions forestières ordinaires. Les promenades libres aussi.
Sur les 3 157 hectares du massif, moins de 3 % sont ainsi soustraits aux usages habituels. Un choix qui s’explique notamment par les habitants les plus discrets de cette forêt : les insectes du bois mort.
Le bois mort, une richesse que la forêt conserve
L’Office national des forêts (ONF) a recensé aux Buronnières plus de 180 espèces de coléoptères dits « saproxyliques », qui dépendent du bois mort ou dépérissant pendant une partie de leur existence. Parmi elles, 46 sont considérées comme remarquables.
Certaines ont des exigences étonnamment précises. Dermestoides sanguinicollis, par exemple, se développe dans les chênes morts, debout ou couchés, notamment lorsqu’ils ont été attaqués par un autre insecte, le grand capricorne. La mort d’un arbre devient alors une condition de vie pour d’autres espèces.
Le bois mort au sol représente déjà environ 29 mètres cubes par hectare dans la réserve, selon l’ONF. Ce volume devrait augmenter naturellement avec le vieillissement des arbres.
Si les Buronnières présentent aujourd’hui cette richesse, c’est aussi grâce à leur histoire. Utilisée autrefois pour les forges, puis comme territoire de chasse où la production de bois était devenue secondaire, cette partie de Ferrières a conservé de gros et très gros chênes, devenus précieux pour les insectes et les oiseaux qui fréquentent les vieux peuplements.
Le classement ne crée donc pas une forêt sauvage à partir de rien. Il protège un patrimoine écologique que plusieurs siècles d’usages humains ont, paradoxalement, contribué à façonner.
Une forêt publique, deux façons de la gérer
À Ferrières, les grandes allées, les sentiers de randonnée et les pistes cavalières restent une composante essentielle du massif. Mais sur les 83,77 hectares des Buronnières, la priorité change : la conservation passe avant l’accueil du public.
L’arrêté du 28 mai interdit la circulation à l’intérieur de la réserve, à pied, à vélo ou à cheval, ainsi que la cueillette et le ramassage du bois mort. Des visites accompagnées restent possibles lorsqu’elles sont autorisées par la collectivité propriétaire.
Cette restriction tient aussi à la sécurité. Des arbres vieillissants peuvent perdre des branches ou s’effondrer sans prévenir. Un chemin forestier longeant la réserve reste toutefois accessible aux promeneurs, et une signalétique a été installée à ses abords.
La libre évolution ne signifie pas que les forestiers disparaissent entièrement. Des interventions restent possibles pour sécuriser les voies de bordure, renaturer certaines mares ou réguler les populations d’ongulés. Quelques chemins intérieurs sont conservés pour cette régulation ; les autres sont abandonnés.
Laisser du temps à une forêt déjà ancienne
Le classement, première réserve biologique intégrale créée sur une propriété de la Région Île-de-France, est l’aboutissement de plus de dix années de travail entre Île-de-France Nature et l’ONF. Le plan de gestion approuvé court jusqu’en 2042.
Les scientifiques pourront y suivre la transformation des peuplements, la décomposition des arbres et l’évolution des espèces, notamment face au changement climatique. Sans coupes ni travaux forestiers ordinaires, ils observeront le vieillissement naturel de cette forêt sur plusieurs décennies.
Au cœur des Buronnières, les vieux chênes finiront par tomber. Leurs troncs resteront sur place, près des mares et du petit ru qui traverse la réserve, pour abriter de nouvelles générations de coléoptères.
Sources consultées
- Journal officiel de la République françaiseArrêté du 28 mai 2026 portant création de la réserve biologique intégrale des Buronnières
- Office national des forêtsRéserve biologique intégrale des Buronnières
- Île-de-France NatureFerrières : naissance de la première Réserve Biologique Intégrale sur un espace naturel régional
- Île-de-France NatureForêt régionale de Ferrières