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Le Grand Morin industriel dans l’objectif du photographe du chantier de la tour Eiffel

Du 5 au 29 octobre, des tirages de Louis-Émile Durandelle révèlent le Grand Morin des moulins et papeteries, ancienne vallée industrielle de Seine-et-Marne.

Papeteries du Grand Morin au XIXe siècle

Ce lundi 5 octobre, les Archives départementales de Dammarie-lès-Lys ressortent des images d’un Grand Morin que l’on ne peut plus vraiment voir. Jusqu’au 29 octobre, elles présentent en accès libre des tirages originaux de Louis-Émile Durandelle consacrés aux manufactures de papier de la vallée. Durandelle a aussi photographié l’avancement du chantier de la tour Eiffel à partir de 1887.

En Seine-et-Marne, Durandelle ne photographie pas un monument en construction mais tout un paysage de production. Le Musée départemental conserve 44 de ses images, issues d’une commande plus vaste réalisée dans les années 1880 pour les Papeteries du Marais, entre Coulommiers et La Ferté-Gaucher. Ce sont des tirages sur papier albuminé produits à partir de négatifs sur plaques de verre au collodion.

Les détails racontent une vallée organisée autour du papier. À Boissy-le-Châtel, le moulin de Boissy dépend de l’usine de Sainte-Marie et lui fournit de la pâte transportée par bateau. Les bâtiments accueillent le délissage des chiffons, leur préparation, leur trituration ou l’apprêt du papier. La rivière n’est alors pas seulement un décor entre les villages: elle relie une chaîne de moulins et de manufactures.

Cette implantation remonte loin. Des moulins à papier sont attestés le long du Grand Morin dès le XVIe siècle. Entre 1791 et 1795, Jouy-sur-Morin produit des assignats. Puis les machines remplacent progressivement la fabrication manuelle. En 1828, la société des Papeteries du Marais et de Sainte-Marie réunit treize moulins. C’est cette industrie que Durandelle photographie quelques décennies plus tard.

L’industrie papetière a fini par disparaître de la vallée, mais sa mémoire subsiste. Après la fermeture de l’usine ArjoWiggins à Jouy-sur-Morin, présentée par le Musée départemental comme la dernière papeterie d’Île-de-France, d’anciens papetiers ont créé en 2020 les Compagnons papetiers de Crèvecœur et du Morin. Le 25 octobre, ils montreront au musée de Saint-Cyr-sur-Morin comment les fibres sont récupérées avec une « forme », le cadre de bois du papetier, avant pressage et séchage.

À Boissy-le-Châtel, une partie de ces anciens bâtiments a changé d’usage. Galleria Continua occupe l’ancienne papeterie de Sainte-Marie et le moulin de Boissy, sur 15 hectares au bord du Grand Morin. Des œuvres contemporaines ont pris place dans les anciens hangars industriels.

Pendant quelques semaines à Dammarie-lès-Lys, les photographies de Durandelle permettent ainsi de superposer deux cartes de la même vallée: celle que l’on parcourt aujourd’hui, et celle où le papier circulait encore d’un moulin à l’autre sur le Grand Morin.

Sources consultées
  1. Archives départementales de Seine-et-MarneLes papetiers de la vallée du Grand Morin, une aventure industrielle
  2. Musée départemental de la Seine-et-MarneLes Papeteries du Marais
  3. Bibliothèque nationale de FranceExposition universelle de 1889, état d’avancement des fondations de la Tour Eiffel au 3 avril 1887
  4. Musée départemental de la Seine-et-MarneAtelier fabrication de papier
  5. Ville de Boissy-le-ChâtelLa Galleria Continua