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À Fontainebleau, l’après-incendie se joue désormais arbre par arbre

Environ 90 % du massif a rouvert, mais certains arbres encore verts ont perdu leur ancrage. L’ONF doit maintenant décider lesquels conserver, couper ou laisser se régénérer.

Illustration - Forêt de Fontainebleau après l’incendie

À Fontainebleau, environ 90 % du massif est de nouveau accessible. Pourtant, dans les secteurs incendiés cet été, certains arbres encore debout ne tiennent presque plus au sol : dans certaines zones, le feu a couvé dans le sol sableux et endommagé leurs racines. Le risque peut persister bien après la disparition des flammes.

Ce danger peu visible organise désormais l’après-incendie. Les feux des 12 et 13 juillet ont parcouru 1 960 hectares aux Trois-Pignons, à la Faisanderie et au Grand Parquet, soit près d’un dixième du massif. Depuis le 1er septembre, près de 20 000 hectares sur 22 500 sont à nouveau accessibles, mais les secteurs les plus touchés restent fermés. Fontainebleau accueille plusieurs millions de visiteurs chaque année : rendre la forêt praticable ne consiste donc pas seulement à attendre que la végétation reverdisse.

Le premier travail a porté sur les grands axes. Des arbres dangereux ont été identifiés, abattus et évacués le long des RD64, RD63 et RD301 ainsi que de l’A6, afin de permettre leur réouverture. Le chantier se déplace maintenant vers le réseau de chemins et de sentiers qui traverse le massif.

Autour des chemins, les forestiers examinent les arbres dans une bande de 20 à 30 mètres. Ils croisent leur état avec l’intensité du feu et recherchent aussi la présence d’insectes ravageurs, favorisés par l’affaiblissement des arbres. Des renforts venus de toute l’Île-de-France ont été mobilisés. Parmi les arbres déjà dépérissants examinés dans les secteurs les plus durement atteints, plus de 90 % sont condamnés.

L’examen sert à décider quels arbres peuvent rester debout et lesquels doivent être coupés. Un arbre peut présenter une cime encore verte tout en ayant perdu une grande partie de son ancrage. L’ONF décrit certains sujets comme simplement « posés sur le sol » : un coup de vent peut suffire à les faire tomber. Les forestiers surveillent aussi les scolytes et le bupreste bleu, qui peuvent profiter des arbres affaiblis puis atteindre des sujets encore sains.

La même logique de diagnostic vaut pour la reconstitution du massif. Les près de 2 000 hectares touchés ne vont pas être replantés uniformément. Fougères, genêts, plantes herbacées et premiers semis réapparaissent déjà. Dans de nombreuses parcelles, l’ONF estime que cette régénération naturelle peut reformer progressivement un couvert forestier sans plantation massive. Certaines zones seront accompagnées, d’autres feront l’objet d’interventions ponctuelles, d’autres encore seront laissées en évolution naturelle.

Météo-France prévoit que, dans une France à +4 °C, les épisodes de risque élevé de feu deviendraient nettement plus fréquents jusque dans le Bassin parisien.

Pour l’instant, ce chantier se joue à une échelle beaucoup plus petite que celle des 1 960 hectares brûlés : vingt ou trente mètres de part et d’autre d’un chemin, puis un arbre après l’autre, avec à chaque fois la même décision à prendre, le conserver ou le couper.

Sources consultées
  1. Office national des forêtsIncendie du massif forestier de Fontainebleau, faisons le point
  2. Office national des forêtsAprès l'incendie de Fontainebleau : comprendre les prochaines étapes de la reconstruction forestière
  3. Météo-FranceChangement climatique : quel impact sur les feux de forêt ?