
À Bussy-Saint-Georges et Verdelot, deux vignobles doivent accueillir autour des rangs des haies, des arbres fruitiers, des mares, des noues, des murets en pierre sèche, des perchoirs et des couverts végétaux. L’association Agrof’Île coordonne ces aménagements, auxquels la Fondation du patrimoine apporte 63 000 €.
Ce n’est pas seulement une opération de verdissement. L’idée consiste à remettre de la structure dans le paysage agricole. Une parcelle de vigne peut produire du raisin tout en restant pauvre en refuges, en végétation permanente ou en continuités permettant aux espèces de circuler. Les aménagements prévus cherchent précisément à recréer ces éléments autour des rangs.
Le projet s’inscrit dans un programme déjà soutenu en 2025 par la Région Île-de-France. Celui-ci associe les vignobles de Bussy-Saint-Georges et de Verdelot à une parcelle communale de Montgé-en-Goële et prévoit, sur l’ensemble des trois sites, 1 201 arbres, 621 mètres de haies, ainsi que des prairies, mares, murs en pierre sèche, nichoirs et perchoirs. Les chiffres ne peuvent donc pas être attribués aux seuls vignobles, mais ils donnent l’échelle de l’intervention dont ils font partie.
En viticulture, les travaux de l’INRAE documentent l’effet de la structure du paysage sur plusieurs auxiliaires. Leur activité, notamment celle des oiseaux, araignées et chauves-souris, dépend aussi de la présence de surfaces arborées ou herbacées et de la diversité du paysage. Une étude conduite dans des vignobles européens a également montré que la certification biologique ne suffit pas à expliquer à elle seule la biodiversité observée : les pratiques dans la parcelle et les habitats environnants comptent fortement.
Les deux vignobles seine-et-marnais offrent deux configurations presque opposées. À Bussy-Saint-Georges, le vignoble Saint-Germain se trouve dans un paysage périurbain, entre ville, terres agricoles et vallée du ru de la Brosse. À Verdelot, le Vinot du Bois Clément s’inscrit dans les coteaux et espaces boisés du Petit Morin. Le même principe est donc appliqué à une vigne prise dans l’expansion urbaine et à une autre plongée dans un paysage beaucoup plus rural.
Le financement reste cependant moins lisible que les plantations. Les 63 000 € correspondent aux aides apportées par la Fondation du patrimoine, et non au coût total annoncé du projet. La Région confirme également son soutien au programme auquel appartiennent les trois sites, mais sa fiche publique ne précise pas le montant attribué à Agrof’Île.
Un suivi des chauves-souris est également prévu pendant trois ans avec le CPIE Boucles de la Marne. La documentation publique ne précise toutefois ni la situation de départ, ni les indicateurs retenus, ni les critères qui permettraient d’en faire une évaluation avant-après du projet.
À Bussy comme à Verdelot, le changement le plus révélateur est donc déjà matériel. La biodiversité n’est plus seulement recherchée dans un espace naturel voisin de la vigne : elle entre dans le dessin même de la parcelle. Une fois plantées ou creusées, ces haies, mares et bandes végétales deviendront elles aussi des éléments à entretenir et à gérer avec le vignoble.