
À Monthyon, Revibat sait transformer de la laine de verre de chantier en nouvel isolant. En 2025, l’Ademe rapportait une production d’environ 10 tonnes par jour sur sa première ligne industrielle. Son panneau Reviver P est certifié ACERMI. Depuis le 27 juillet 2026, pourtant, l’entreprise est en redressement judiciaire. Le produit existe, l’usine aussi. C’est désormais leur viabilité économique qui est à l’épreuve.
Le problème industriel auquel Revibat s’attaque reste largement ouvert. En France, environ 140 000 tonnes de laines minérales usagées sont jetées chaque année et moins de 2 % sont recyclées, selon l’Ademe. Revibat évite de refondre le verre : les fibres récupérées sont déstructurées, mélangées à un liant puis reformées en panneaux dans un four à basse température. Le principe est simple à formuler, beaucoup plus difficile à industrialiser : faire revenir dans le bâtiment un matériau normalement évacué comme déchet.
Les comptes permettent de voir le changement d’échelle. Fin 2023, Revibat comptabilisait 99 482 euros d’actifs immobilisés nets. Un an plus tard, ils atteignaient 1,18 million d’euros, dont 561 214 euros d’installations et d’outillage industriels et près de 396 000 euros d’immobilisations encore en cours. L’exercice 2024 s’est soldé par une perte de 529 555 euros et une trésorerie de 49 063 euros, contre 975 224 euros un an auparavant. Le chiffre d’affaires publié pour cette année-là n’était encore que de 3 520 euros : l’outil industriel changeait d’échelle tandis que les ventes restaient embryonnaires.
En 2025, cette phase d’équipement débouche néanmoins sur une véritable production. L’Ademe comptait 14 salariés à temps plein et indiquait que l’engagement initial de valoriser 3 000 tonnes de déchets par an était déjà dépassé. La certification ACERMI, créée en mai 2025, fixe notamment une conductivité thermique de 0,035 W/(m.K) pour Reviver P. Revibat n’en est donc plus au prototype : une ligne tourne à Monthyon et son isolant dispose d’une certification technique reconnue dans le bâtiment.
Le jugement du 27 juillet montre où se situe désormais la fragilité. Revibat a déclaré 15 salariés, 2,26 millions d’euros de passif, dont 1,36 million exigible, pour 81 052 euros d’actif disponible. Le tribunal a fixé la cessation des paiements au 19 juillet, tout en estimant la poursuite de l’activité envisageable. La période d’observation court jusqu’au 27 janvier 2027 et un premier examen de la capacité financière de l’entreprise est fixé au 28 septembre. Les documents publics ne permettent pas d’isoler la cause de cette tension entre coût de l’industrialisation, rythme des ventes, financement et autres charges.
La collecte et le recyclage des déchets du bâtiment sont eux-mêmes en pleine réorganisation. La filière de responsabilité élargie du producteur pour les matériaux du bâtiment se déploie depuis 2023 et inclut explicitement la laine de verre, avec l’objectif d’améliorer collecte et recyclage. À Monthyon, l’épreuve est désormais financière : le 28 septembre, le tribunal doit procéder à une première vérification de la capacité de Revibat à poursuivre son activité.
Sources consultées
- Tribunal de commerce de Meaux, décision reproduite par DoctrineTribunal de commerce / TAE de Meaux, procédures collectives, 27 juillet 2026, n° 2026014727
- Comptes annuels de RevibatComptes sociaux 2024
- ADEME InfosBTP : l’entreprise REVIBAT transforme la laine de verre usagée en isolant neuf
- ACERMICertificat 25/288/1718, REVIVER P
- ADEME, filières REPProduits et matériaux de construction du secteur du bâtiment (PMCB)