Article

Argiles de Provins : pourquoi l’État veut une zone spéciale de 37 250 hectares

Les réserves accessibles du bassin d’argiles de Provins ne représenteraient plus que 2,5 à 5 ans de production. Une enquête publique s’ouvre le 31 août.

Illustration - argiles du bassin de Provins

À partir du 31 août, une enquête publique va porter sur 37 250 hectares autour de Provins. Le périmètre couvre 49 communes, dont 23 en Seine-et-Marne. L’État propose d’y instaurer le régime particulier des zones spéciales de carrière, afin de pouvoir rechercher puis, le cas échéant, exploiter de nouveaux gisements d’argiles du bassin.

Selon le dossier examiné en 2025 par l’Autorité environnementale, les réserves actuellement accessibles ne représenteraient plus que 2,5 à 5 ans de production, selon les estimations retenues. Le bassin compte six carrières, dont quatre en Seine-et-Marne, une usine de préparation et un seul exploitant, Imerys. Environ 75 000 tonnes d’argile y sont produites chaque année.

Ces 75 000 tonnes annuelles reposent sur un gisement rare. Les argiles kaoliniques de Provins sont recherchées pour leur plasticité et leur résistance à la chaleur, notamment pour la céramique et les matériaux réfractaires. Le dossier de l’Autorité environnementale présente le bassin comme le seul en France offrant cette qualité d’argiles plastiques et réfractaires. Une part importante de la production réfractaire est exportée.

La « zone spéciale de carrière » envisagée vise à éviter que l’épuisement des réserves déjà accessibles ne bloque l’exploitation faute d’accord foncier. Le code minier permet, dans un tel périmètre, d’autoriser des recherches de gisement sans le consentement du propriétaire. Il permet aussi d’accorder ensuite un permis exclusif de carrière donnant à son titulaire des droits particuliers sur la ressource, avec indemnisation des propriétaires concernés.

Ce pouvoir ne dispense pas d’autoriser les carrières elles-mêmes. Chaque projet d’extraction restera soumis aux règles environnementales applicables, notamment au régime des installations classées. C’est une distinction importante dans un secteur essentiellement agricole, où le périmètre recoupe notamment des zones liées à quinze captages d’eau potable ainsi que plusieurs espaces naturels inventoriés ou protégés.

Le bassin géologique dépasse la Seine-et-Marne et la Marne jusque dans l’Aube. Cette dernière n’a pourtant pas été intégrée à la ZSC proposée, la part du gisement qui s’y trouve étant jugée minoritaire et son inclusion compliquant la procédure. La géologie ignore les limites départementales ; l’administration, beaucoup moins.

L’enquête se déroulera jusqu’au 15 septembre à 17 heures. À partir du 31 août à 9 heures, le public pourra consulter le dossier et déposer une observation sur le registre numérique. Des registres papier seront également disponibles notamment à Provins et Poigny.

Après le rapport du commissaire enquêteur, la création de la zone devra encore être décidée par décret en Conseil d’État, qui pourra en modifier le périmètre. Autour de Provins, l’enquête qui s’ouvre lundi porte donc moins sur de nouvelles carrières déjà dessinées que sur la possibilité de continuer, dans quelques années, à chercher sous les champs de Brie l’argile dont dépend l’activité actuelle.

Sources consultées
  1. Préfecture de Seine-et-MarneZone spéciale de carrière (ZSC)
  2. Autorité environnementale, IGEDDDécision du 23 octobre 2025 sur l’instauration de la ZSC des argiles de Provins
  3. LégifranceCode minier, dispositions relatives aux zones spéciales de carrière
  4. Registre NumériqueEnquête publique préalable à l’institution de la Zone spéciale de carrière du bassin d’argiles de Provins