
Fin août, le problème des betteraves seine-et-marnaises n’est plus seulement leur croissance ralentie par le manque d’eau. Les racines elles-mêmes sont désormais exposées aux dégâts des ravageurs et aux pourritures, alors que l’arrachage approche.
À l’échelle du réseau francilien, le Bulletin de santé du végétal du 25 août donne la mesure de cette dégradation. Sur les 13 parcelles observées pour rechercher des galeries de charançon Lixus juncii, toutes en présentent, avec de 12 à 100 % de betteraves touchées selon les parcelles. Une parcelle suivie à Noisy-Rudignon, en Seine-et-Marne, fait partie de ce relevé. Le rhizopus, responsable de pourritures racinaires, est signalé dans 92 % des parcelles renseignées pour cette maladie. Les teignes sont également très présentes : 22 des 24 parcelles suivies présentent des dégâts frais. Ce réseau ne mesure toutefois pas la proportion de surfaces touchées en Seine-et-Marne.
La betterave occupait 25 710 hectares en Seine-et-Marne en 2024, soit 7 % de la surface agricole utile. Et le facteur qui relie ces dégâts est bien installé : au 18 août, la préfecture qualifiait la sécheresse d’« exceptionnelle », avec des bassins placés de l’alerte jusqu’au niveau de crise.
Le manque d’eau agit ici par ricochet. L’Institut technique de la betterave explique que le stress hydrique et la perte de feuillage favorisent la migration des larves de charançon vers les racines. Les galeries qu’elles y creusent font perdre de la matière et créent des blessures favorables au rhizopus. Les morsures de teignes peuvent elles aussi offrir des portes d’entrée au champignon.
Face à cet enchaînement, les leviers ne se valent pas. Les teignes peuvent faire l’objet de traitements lorsque les seuils sont dépassés. Pour le charançon, l’ITB indique en revanche que les insecticides n’agissent ni sur les œufs ni sur les larves et restent peu efficaces contre les adultes. Quant à l’irrigation, elle ne constitue pas une réponse tardive illimitée : les essais de l’institut montrent peu d’intérêt à la poursuivre après le 20 août, le gain de rendement devenant faible tandis qu’une irrigation tardive peut compliquer la récolte.
Les effets atteignent déjà l’organisation des sucreries. Tereos, dont la zone d’approvisionnement comprend la Seine-et-Marne, estimait après ses prélèvements du 17 août un rendement inférieur de plus de 20 % à celui de 2025 sur l’ensemble de son bassin et de 15 % à la moyenne des cinq campagnes précédentes. Le groupe ne publie pas de chiffre propre au département. Il a néanmoins décidé de retarder le démarrage de ses sucreries, d’adapter leur cadence et de ramener la durée moyenne de campagne d’environ 130 à 100 jours selon les bassins.
Les marges de correction se réduisent donc au fil de la campagne. La surveillance permet de mesurer la dégradation, l’irrigation peut amortir une partie du stress et les sucreries peuvent déplacer leur calendrier. Mais lorsque sécheresse, ravageurs et pourriture se retrouvent dans la même racine, ces leviers deviennent étroits. Dans les parcelles seine-et-marnaises touchées, les prochaines semaines dépendront de l’état des racines au moment de l’arrachage et de leur aptitude à rejoindre l’usine.
Sources consultées
- Chambre d’agriculture de région Île-de-FranceBulletin de santé du végétal Grandes Cultures n°29 du 25 août 2026
- Institut technique de la betteraveIle-de-France / Yonne - 7 août 2026
- Préfecture de Seine-et-Marne18 août 2026 : Situation climatique des rivières et des nappes d'eau souterraine
- CCI Seine-et-Marne, d’après AgresteChiffres clés 2025 en Seine-et-Marne
- TereosCampagne betteravière 2026-2027 : Tereos se mobilise pour accompagner ses coopérateurs et sécuriser la production de sucre