
Sur le chantier de la future ligne 17, un camion hydrogène transporte les terres excavées du Mesnil-Amelot jusqu’au site de réutilisation d’ECT, à Villeneuve-sous-Dammartin. Exploité par Mauffrey pour Razel-Bec, le véhicule a été mis en service au début de 2026 après sa présentation au salon Solutrans.
Son intérêt ne tient pas seulement à l’usage de l’hydrogène pour alimenter sa propulsion électrique. Les partenaires cherchent à savoir si un poids lourd à pile à combustible peut supporter le travail d’un camion de terrassement : avancer chargé sur des accès irréguliers, tracter une benne, résister aux chocs et à la poussière, puis recommencer plusieurs fois par jour.
Hyliko n’a pas construit ce tracteur à partir de zéro. L’entreprise a transformé un modèle routier existant, puis l’a adapté au chantier avec un châssis renforcé, des suspensions rehaussées et un système hydraulique capable d’actionner une semi-remorque benne. Le test porte donc autant sur sa robustesse que sur son mode de propulsion.
Selon ECT et Hyliko, le véhicule peut effectuer jusqu’à dix rotations et acheminer environ 270 tonnes de terres par jour. Hyliko donne pour ce modèle une consommation moyenne de 7 kg d’hydrogène aux 100 km et jusqu’à 500 km d’autonomie à pleine charge. Ces valeurs ne sont pas des mesures publiées sur la liaison seine-et-marnaise. Sur ce trajet, la donnée décisive sera sa disponibilité au fil des mois, davantage que sa distance maximale entre deux pleins.
Après plusieurs mois d’utilisation, ECT rapporte des retours favorables des équipes de Mauffrey et de Razel-Bec, notamment sur la réduction des vibrations et de la fatigue des conducteurs. Le camion a donc dépassé le stade du prototype exposé dans un salon. Les entreprises ne publient cependant ni taux de disponibilité mesuré, ni coût par tonne transportée, ni consommation constatée sur ce trajet.
Le gain climatique demande la même précision. Les partenaires estiment que le véhicule pourrait éviter 26 tonnes de dioxyde de carbone sur 25 000 km, mais le résultat dépend fortement de la fabrication de l’hydrogène. L’International Council on Clean Transportation évalue la baisse des émissions sur l’ensemble du cycle de vie entre 15 et 33 % lorsque l’hydrogène vient du gaz naturel, et jusqu’à 89 % lorsqu’il est produit uniquement avec de l’électricité renouvelable. L’origine du carburant utilisé ici n’est pas publiée.
Dans le nord de la Seine-et-Marne, le creusement de la ligne 17 fournit un flux régulier de terres, tandis que le site de Villeneuve-sous-Dammartin permet de les réutiliser à proximité. Cette boucle permet de mesurer, chargement après chargement, si un tracteur rétrofité peut tenir sa place dans le rythme ordinaire d’un chantier.
Sources consultées
- Groupe ECTCamion hydrogène : décarboner le transport des terres excavées
- Groupe ECTPremière européenne : le camion hydrogène mobilise acteurs publics et privés
- HylikoHydrogène : Hyliko accélère la décarbonation à Solutrans 2025
- International Council on Clean TransportationA comparison of the life-cycle greenhouse gas emissions of European heavy-duty vehicles and fuels