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Fontainebleau : pourquoi plusieurs feux en quarante-huit heures ?

Un foyer majeur inexpliqué, un acte volontaire, une cigarette et un comportement suspect : les enquêtes doivent démêler plusieurs causes possibles.

Incendies dans la forêt de Fontainebleau

Un incendie parti dimanche près de l’A6 a parcouru environ 1 600 hectares. Le lendemain, un second feu a gagné environ 450 hectares dans le massif. Parallèlement, un jeune pompier volontaire a reconnu avoir enflammé des brindilles avec de l’essence à Arbonne-la-Forêt, un autre homme dit avoir provoqué accidentellement un départ avec sa cigarette et plusieurs personnes ont été placées en garde à vue.

L’accumulation est troublante. Pourquoi tant de foyers et de suspects autour du même massif en si peu de temps ?

Les faits connus ne dessinent pas encore une vague de pyromanes. Ils mêlent des causes possibles, des procédures distinctes et des comportements découverts sous une surveillance exceptionnelle.

Plusieurs affaires sous le même bilan

Le foyer principal a commencé dimanche autour de l’A6. Deux personnes ont été entendues à son sujet. Le parquet vérifie notamment si le départ pourrait être lié à des travaux réalisés à proximité immédiate de l’autoroute, sans avoir écarté une origine volontaire.

Les deux faits reconnus concernent lundi. À Arbonne-la-Forêt, un homme né en 2007, pompier volontaire depuis moins d’un an, a admis avoir mis le feu à des brindilles avec un briquet et de l’essence. Près de la Faisanderie, un autre jeune homme affirme avoir déclenché accidentellement un départ en jetant sa cigarette.

Aucun lien n’a été établi entre eux. Les informations publiques ne permettent pas non plus d’attribuer à chacun une partie précise des quelque 2 050 hectares parcourus. Deux autres gardes à vue ont été levées mardi, faute d’éléments suffisants à ce stade.

Mardi soir, un homme de 46 ans a aussi été interpellé après avoir franchi le ruban interdisant l’accès à un parking. Des journaux froissés et un briquet se trouvaient dans son véhicule. Cela justifie une enquête, mais ne démontre pas qu’il a allumé un nouveau feu.

Compter les gardes à vue donne donc une image trompeuse. Un aveu volontaire, une imprudence reconnue, une possible cause de chantier et un comportement suspect ne racontent pas la même histoire.

Quand des gestes ordinaires deviennent incendiaires

Une concentration de départs ne suppose pas nécessairement une intention commune. Elle peut d’abord venir des conditions elles-mêmes.

En France, neuf feux de végétation sur dix sont d’origine humaine. La moitié de ces départs humains résulte d’une imprudence.

Lorsque la végétation est humide, beaucoup de gestes ne produisent rien. Après plusieurs journées de canicule, avec du vent et des sous-bois desséchés, des incidents indépendants peuvent déclencher presque simultanément des feux qui seraient normalement restés sans conséquence.

La coïncidence devient alors moins mystérieuse. Ce ne sont pas forcément plusieurs personnes qui choisissent la même forêt. Ce sont plusieurs sources de chaleur qui rencontrent, au même moment, un massif devenu extraordinairement réceptif.

Le grand incendie multiplie aussi les signalements

Une fois le massif sous surveillance, beaucoup plus de gestes deviennent visibles. Des centaines de pompiers, des gendarmes, des policiers, des forestiers et des habitants observent désormais les lisières, les parkings et les colonnes de fumée.

Un comportement qui serait passé inaperçu une semaine plus tôt provoque immédiatement un signalement. Les rubans d’interdiction rendent aussi visibles ceux qui s’aventurent dans les secteurs fermés. L’incendie crée ainsi un puissant effet de détection : davantage de personnes sont vues, contrôlées et réunies dans le même bilan médiatique.

Des travaux étrangers ont également étudié un possible effet de série. Les incendies volontaires peuvent se concentrer pendant quelques jours, ce qui est compatible avec des actes répétés par une même personne ou avec une forme d’imitation. Les chercheurs soulignent toutefois la difficulté de séparer ces mécanismes des effets de la météo, de la saison, ainsi que de la quantité et de la sécheresse de la végétation.

Rien ne démontre aujourd’hui que le premier incendie de Fontainebleau ait inspiré les départs suivants. Aucun motif public ne permet non plus d’expliquer le geste du pompier volontaire. Lui attribuer une recherche d’attention ou un désir de participer aux secours reviendrait à lui prêter un mobile sans preuve.

Une carte avant un coupable unique

Les enquêteurs doivent traiter chaque point d’éclosion séparément : le localiser, identifier le mécanisme d’allumage, puis reconstituer la propagation. Le vent, l’humidité, les traces de combustion, les témoignages et d’éventuels accélérants permettent de relier, ou non, un geste aux surfaces brûlées.

La fermeture des voies d’accès, des sentiers et des parkings reste donc utile aux secours, mais aussi aux constatations qui n’ont pas encore pu être réalisées dans toutes les zones. Environ 800 pompiers travaillaient encore mercredi sur les reprises, tandis que les accès au massif demeuraient fermés. Le premier bilan de l’après-incendie détaille les conséquences de cette fermeture et le diagnostic écologique qui doit suivre.

L’étrange série de Fontainebleau trouvera peut-être une explication commune. Elle peut aussi se décomposer en un accident de chantier, une imprudence, un acte volontaire et quelques fausses pistes. Avant la carte des sentiers à rouvrir, il faut désormais établir celle des points d’éclosion.

Sources consultées
  1. Le ParisienIncendies à Fontainebleau : ce que l’on sait des six suspects en garde à vue, deux ayant avoué avoir causé des départs de feux
  2. Préfecture de Seine-et-MarneIncendies : points de situation et arrêtés préfectoraux
  3. Gendarmerie nationaleEnquêter sur les feux de forêt : un travail de collaboration
  4. Ministère de la Transition écologiqueTout savoir sur les feux de forêt et de végétation en France
  5. USDA Forest ServiceWildland Arson: A Research Assessment