Dans la forêt régionale de Ferrières, 83,77 hectares changent de régime. La réserve biologique intégrale des Buronnières, créée par arrêté interministériel le 28 mai 2026 sur Bussy-Saint-Georges et Favières, retire huit parcelles de la gestion forestière ordinaire.
Le changement se verra surtout par ce qui n’aura plus lieu. Dans ce secteur, la forêt ne sera plus exploitée. Les arbres pourront vieillir, tomber, rester au sol, se décomposer. Les chemins et layons en terrain naturel situés à l’intérieur de la réserve sont abandonnés. L’accès du public y est interdit, sauf visites accompagnées autorisées. Les promeneurs continueront à longer la réserve depuis les chemins extérieurs, mais plus à la traverser librement.
À Ferrières, protéger la forêt consiste donc aussi à moins l’aménager. Moins de coupe, moins de passage, moins d’entretien intérieur, pour laisser se former ce qui manque souvent dans les forêts très fréquentées : du vieux bois, du bois mort, des sols peu dérangés, des mares et des habitats qui se transforment lentement.
La surface reste modeste à l’échelle de Ferrières. La forêt régionale couvre 3 157 hectares, sur neuf communes de l’est francilien. Les Buronnières en représentent environ 2,7 %. Mais ce petit périmètre reçoit un statut exigeant : Île-de-France Nature le présente comme la première réserve biologique intégrale créée sur un espace naturel appartenant à la Région Île-de-France.
Ferrières n’est pas une forêt reculée. Elle forme avec Armainvilliers l’un des grands massifs boisés de l’est parisien, à proximité de Marne-la-Vallée, des routes, des parkings, des usages de loisirs et des attentes ordinaires d’une forêt publique. C’est précisément ce contexte qui donne du relief à la décision. Le même espace doit accueillir, sécuriser, produire parfois, préserver et laisser respirer. Aux Buronnières, l’arbitrage penche nettement du côté de la libre évolution.
Le site s’y prête. L’ONF décrit une réserve riche en gros et vieux arbres, avec des oiseaux liés aux cavités, des mares et une biodiversité attachée au bois vieillissant. Les peuplements y seront surtout suivis par des inventaires et des études. Les interventions restantes se limiteront notamment à la sécurité des chemins et routes qui bordent la réserve, à la fermeture de chemins, à certains travaux sur les mares, à la lutte contre des espèces non autochtones et à la régulation des ongulés.
Cette protection arrive après un long parcours. Le projet était inscrit dès 2013 dans l’aménagement de la forêt régionale, puis il a été nourri par des études, un plan de gestion et une procédure réglementaire. Le plan approuvé court jusqu’en 2042. Comme dans les atlas de biodiversité communaux, l’action publique commence par regarder finement le vivant avant de décider comment gérer l’espace.
La réserve n’a pas fait l’unanimité. En 2023, le Conseil national de la protection de la nature avait rendu un avis défavorable au projet, tout en reconnaissant l’intérêt écologique et la volonté du propriétaire. Son reproche principal portait sur la taille du périmètre, jugée trop faible pour donner une assise fonctionnelle suffisante à un écosystème forestier laissé en libre évolution, surtout avec des routes proches, des parcelles voisines perturbées et le changement climatique.
Le résultat adopté est donc une protection réelle, mais étroite. Ferrières ne devient pas une forêt sanctuarisée. Elle gagne un noyau où la règle change : sur 83,77 hectares, entre Bussy-Saint-Georges et Favières, la forêt publique ne sera plus seulement un paysage à parcourir. Elle deviendra aussi un endroit que l’on accepte de laisser vieillir derrière la lisière.
Sources consultées
- LégifranceArrêté du 28 mai 2026 portant création de la réserve biologique intégrale (RBI) des Buronnières (Seine-et-Marne) et approbation de son premier plan de gestion
- Office national des forêtsRéserve biologique intégrale des Buronnières
- Île-de-France NatureFerrières : naissance de la première Réserve Biologique Intégrale sur un espace naturel régional
- Conseil national de la protection de la natureAvis sur le projet de création de la réserve biologique des Buronnières et son premier plan de gestion 2023-2042