Une épingle en or au chiffre de Catherine de Médicis, découverte dans des latrines du château de Fontainebleau. Une assiette sortie des latrines de Blandy-les-Tours. Un fragment d’enduit peint gallo-romain trouvé dans des remblais à Grisy-Suisnes. À Nemours, la nouvelle exposition du musée de Préhistoire d’Île-de-France commence par une idée assez réjouissante : ce que l’on jette finit parfois par raconter mieux que ce que l’on expose fièrement.
« Ça en jette ! Quand l’archéologie s’intéresse à nos déchets » est présentée du 13 juin au 30 décembre 2026 au musée départemental, 48 avenue Étienne Dailly. Adaptée d’une exposition conçue par le musée ARCHEA, elle arrive à Nemours avec des collections souvent inédites issues de fouilles menées en Seine-et-Marne.
Le mot “déchet” oblige le patrimoine à regarder vers le bas. Dans les fosses, les puits, les remblais, les ateliers et les latrines, les archéologues trouvent des restes de repas, des céramiques brisées, des graines, des ossements, des matériaux, des objets abîmés, parfois des bijoux qui n’auraient jamais dû finir là. Ce ne sont pas des trésors au sens habituel. Ce sont des traces d’usage.
La Seine-et-Marne donne ici de bons terrains de jeu. À Châteaubleau, l’atelier de frappe monétaire renvoie à la production antique, à ses gestes techniques et à ses ratés. À Blandy-les-Tours, les latrines de l’Auditoire ont livré des restes de repas et des objets qui renseignent sur l’alimentation et les usages de table à la fin du Moyen Âge. À Fontainebleau, les latrines du château ont conservé des cachettes d’or, dont cette épingle au chiffre de Catherine de Médicis, objet précieux arrivé dans l’endroit le moins cérémoniel possible.
Le lieu ajoute quelque chose. Le musée de Préhistoire d’Île-de-France n’est pas un cube posé hors-sol. Conçu par Roland Simounet et ouvert en 1981, il s’insère dans un sous-bois, au milieu des grès, avec un béton qui reprend la couleur du parc. Voir des rebuts anciens dans ce bâtiment-là, entre objets, sol et forêt, a du sens : le musée rappelle que l’histoire ne se tient pas seulement dans les vitrines nobles, mais aussi dans la matière déplacée, jetée, enfouie.
Le parcours se termine par « Le p’tit labo », un espace de manipulation où les visiteurs peuvent tester les gestes de l’archéologue : observer, comparer, identifier, interpréter. L’exposition n’a donc pas seulement un bon titre. Elle donne une clé simple pour regarder autrement le passé local. Une fosse de latrines, un atelier monétaire, une assiette cassée ou une graine tamisée ne font pas moins d’histoire qu’un monument.
Tri, recyclage, réemploi : ces mots semblent très contemporains. Nemours remet les choses à l’échelle longue. Les sociétés ont toujours produit des restes. Elles les ont cachés, stockés, réutilisés, perdus, parfois oubliés assez longtemps pour que d’autres viennent les lire. Cette lecture commence, en Seine-et-Marne, par une épingle d’or sortie des latrines de Fontainebleau.
Sources consultées
- Département de Seine-et-Marne« Ça en jette ! Quand l’archéologie s’intéresse à nos déchets »
- Musée de Préhistoire d’Île-de-FranceExposition « Ça en jette ! Quand l’archéologie s’intéresse à nos déchets »
- Musée de Préhistoire d’Île-de-FranceUn musée d’architecture contemporaine
- Château de Blandy-les-ToursÀ la table des seigneurs
- ADLFI, Archéologie de la France - InformationsChâteaubleau, Les grands jardins