À Meaux, Voies navigables de France a attribué un marché de 325 690 euros HT pour remplacer la crémaillère de la hausse n° 29 du barrage. Le chantier est prévu pour deux mois. Le mot est technique, presque invisible. La dépendance est plus concrète: sur la Marne, une pièce comme celle-ci participe à tenir l’eau au bon niveau.
Le barrage actuel a été mis en service en 1939. Il fonctionne encore manuellement, avec 37 hausses Aubert, ces panneaux mobiles qui peuvent être relevés ou effacés selon le niveau recherché. La crémaillère fait partie du mécanisme d’appui qui permet de positionner une hausse. Sur ce type d’ouvrage, ce n’est pas un accessoire: c’est une pièce de manœuvre dans un barrage qui règle le débit et la ligne d’eau.
À l’aval de la boucle de Meaux, l’ouvrage soutient en régime normal le bief vers Isles-lès-Meldeuses, sur une vingtaine de kilomètres. Il participe aussi à l’alimentation gravitaire du canal de Chalifert par l’écluse de Meaux. La Marne que l’on voit passer dans la ville est aussi une rivière réglée et entretenue. Navigation, niveau d’eau, alimentation en eau potable, canal, loisirs nautiques et milieux aquatiques dépendent de cette mécanique publique.
L’épisode de mai 2025 l’a montré sans théorie. Une avarie empêchait alors de relever complètement le barrage et de maintenir la Marne à son niveau habituel entre Meaux et Isles-lès-Meldeuses. Pour inspecter et réparer, VNF avait abaissé progressivement la rivière, de 30 à 40 cm par jour, avec une baisse pouvant atteindre 3 mètres juste à l’amont du barrage. La navigation avait été interrompue à partir du 9 mai, sauf certaines activités nautiques.
Le remplacement de la crémaillère arrive donc sur un ouvrage ancien dont la reconstruction est prévue depuis longtemps. VNF a validé dès 2003 le principe d’un nouveau barrage automatisé, à vannes clapets, situé à l’aval immédiat de l’ouvrage existant. Un marché de travaux avait été notifié en 2020 et de premiers aménagements ont commencé, notamment autour de la passe à poissons du canal de Cornillon. Ce marché a été résilié le 3 septembre 2024.
Le dossier est reparti sous une autre forme: VNF prépare désormais un marché de conception-réalisation pour reconstruire le barrage, ses équipements annexes et déconstruire l’ancien ouvrage. L’estimation publiée atteint 50 millions d’euros HT, en valeur 2025, pour une durée prévue de cinq ans.
En attendant, la Marne ne peut pas suspendre son fonctionnement au calendrier du grand chantier. Les 325 690 euros engagés sur la hausse n° 29 racontent cette réalité moins visible: une infrastructure publique vieillit pièce par pièce, mais elle doit continuer à régler l’eau tous les jours. À Meaux, la modernisation du barrage se chiffre en dizaines de millions. Pour l’instant, elle passe aussi par une crémaillère.
Sources consultées
- France Marchés, reprise BOAMPTravaux de remplacement de la crémaillère sur la hausse n° 29 du barrage de Meaux (77), avis d’attribution n° 26-56173
- Voies navigables de FranceBarrage de Meaux: VNF engage des travaux d’urgence et abaisse le niveau de la Marne
- Autorité environnementale, IGEDDAvis délibéré n° 2018-117 du 27 juin 2019, Reconstruction du barrage de Meaux (77)
- France Marchés, reprise BOAMPAvis de pré-information: marché de conception-réalisation pour la reconstruction du barrage de Meaux et les équipements annexes