Le Département met en avant Made in 77, une carte et une démarche consacrées aux entreprises qui fabriquent en Seine-et-Marne. Le lancement vient du Département, mais ce qu’il révèle est plus intéressant : dans le 77, l’industrie n’est pas seulement une affaire de grands sites ou de zones logistiques. Elle apparaît aussi dans des stylos, des isolants, des lentilles, des véhicules spécialisés ou des équipements agricoles.
La Seine-et-Marne compte plus de 5 300 établissements industriels, selon l’étude départementale Seine-et-Marne 2040, qui la présente comme le département francilien le plus industrialisé par ce critère. Près de 48 000 emplois sont concernés. Le chiffre étonne parce qu’il contredit une image tenace : celle d’un département surtout résidentiel, traversé par les flux, les entrepôts et les trajets pendulaires.
À Montévrain, l’usine BIC montre ce que peut contenir un objet banal. L’Usine Nouvelle indiquait en 2023 que le site, ouvert en 2000, fabriquait 620 millions de stylos par an, dont les Cristal et les 4 Couleurs. Un stylo à bille paraît simple en vitrine. En atelier, il suppose pourtant des billes minuscules, des pointes métalliques, de l’injection plastique, de l’encre, de l’assemblage rapide et du contrôle qualité à très grande échelle. La compétence locale n’est pas dans le récit héroïque de l’invention. Elle est dans la capacité à produire énormément, régulièrement, sans que l’utilisateur y pense.
À Monthyon, Revibat raconte une autre partie de l’histoire industrielle du département. L’entreprise recycle de la laine de verre issue de chantiers ou de déconstruction pour en faire un isolant neuf. Sa fiche Made in 77 indique une première unité industrialisée en Seine-et-Marne en 2025, jusqu’à 10 tonnes de laine de verre recyclée par jour et 14 salariés. L’ADEME souligne l’intérêt du procédé : éviter l’enfouissement d’un déchet du bâtiment, sans repasser par une refonte à très haute température. Ici, l’innovation tient moins du prototype brillant que du passage difficile vers une production utilisable par le bâtiment.
À travers ces deux ateliers, le sujet change d’échelle. Made in 77 peut devenir utile s’il rend lisible une industrie dispersée, composée de grandes usines, de PME, d’ateliers spécialisés et de métiers que l’on ne voit presque jamais depuis la route.
Le dossier départemental pointe aussi la fragilité de cette industrie : près de deux dirigeants industriels sur trois déclarent des difficultés de recrutement. C’est le revers très concret de l’invisibilité. On ne choisit pas facilement un métier, une formation ou une entreprise dont on ne connaît ni les produits, ni les gestes, ni les ateliers.
Le risque serait de transformer Made in 77 en vitrine de fierté locale, avec des logos et des slogans. Pour servir vraiment, la plateforme doit montrer ce qui est fait, où, par qui, avec quelles machines et quels métiers. Entre Montévrain et Monthyon, la Seine-et-Marne ne fabrique pas seulement une image d’elle-même. Elle fabrique des objets que l’on tient dans la main et des matériaux que l’on pose dans les murs.
Sources consultées
- Département de Seine-et-Marne« Made in 77 », fiers de nos industries
- Département de Seine-et-MarneUn territoire engagé pour l’industrie
- L’Usine NouvelleÀ Montévrain, l’usine où BIC fabrique les stylos pour la rentrée
- Made in 77Revibat
- ADEME InfosBTP : l’entreprise Revibat transforme la laine de verre usagée en isolant neuf