À Bussy-Saint-Georges, Lagny-Thorigny ou Montévrain, le trajet quotidien commence souvent par un choix très simple : trouver le bon train, rejoindre la bonne gare, ou monter directement en voiture parce que l’horaire, l’arrêt ou la correspondance ne colle pas.
C’est ce décalage entre les gares, les horaires et les trajets réels que l’enquête de Marne et Gondoire, menée avec Île-de-France Mobilités, cherche à mesurer. Depuis le 1er juin, l’agglomération relaie une enquête de quelques minutes destinée aux habitants, salariés, étudiants et usagers réguliers des axes A4 et A104. Elle est ouverte jusqu’au mardi 30 juin 2026. Il ne s’agit pas de trouver un trajet de vacances, mais d’étudier une offre de lignes de covoiturage sans réservation, pensée comme un service du quotidien.
Le principe change beaucoup de choses. Au lieu de réserver à l’avance avec une personne précise, le passager se rendrait à un arrêt identifié, signalerait son trajet sur une application ou par SMS, puis serait pris en charge par un conducteur passant déjà sur l’axe. En clair : une ligne de bus sans bus, construite avec les sièges libres des voitures qui circulent déjà.
Le modèle existe déjà sur le plateau de Saclay. Île-de-France Mobilités étudie désormais plusieurs nouveaux corridors, dont un axe Bailly-Romainvilliers-Créteil/Roissy par l’A4 et l’A104. Pour Marne et Gondoire, la difficulté n’est donc pas seulement de convaincre. Elle est de placer le service au bon endroit, au bon moment.
Même avec le RER, le Transilien, des bus de soirée et des services vélo autour des gares, certains trajets restent obliques, horaires ou mal raccordés : rejoindre une zone d’activité, aller vers Roissy sans repasser par Paris, partir tôt, rentrer tard, déposer un enfant, stationner près d’un arrêt, faire confiance à un conducteur inconnu.
Dans Marne et Gondoire, l’Insee compte 54 730 actifs en emploi en 2022. Parmi eux, 29 930 utilisent principalement la voiture, le camion ou la fourgonnette pour aller travailler, contre 19 799 les transports en commun. La voiture n’est donc pas seulement une habitude. Pour beaucoup, elle reste la pièce qui bouche les trous du réseau.
Le questionnaire peut servir s’il permet de dire où placer les arrêts, quels horaires comptent vraiment, quels trajets méritent d’être structurés et quelle promesse serait suffisante pour tenter l’expérience. Un conducteur ne s’arrêtera pas pour une idée vertueuse. Un passager n’attendra pas pour une belle carte.
Si une ligne voit le jour, son succès se jouera sur des détails très matériels : un arrêt visible, un temps d’attente raisonnable, un trajet qui évite un détour absurde, une sécurité ressentie, une rémunération compréhensible pour les conducteurs et une tarification lisible pour les passagers. L’enquête a donc une utilité simple : faire remonter le territoire réel avant de dessiner le service.
En Marne et Gondoire, le covoiturage ne remplacera ni le train ni le bus. Mais il peut devenir une couture utile entre les deux, surtout sur des axes où les voitures passent déjà, souvent avec des sièges vides. Le plus dur n’est pas de prouver que partager la voiture serait vertueux. C’est de le rendre assez simple pour qu’un matin de semaine, quelqu’un ose vraiment essayer.
Sources consultées
- Communauté d’agglomération de Marne et GondoireEnquête covoiturage : votre avis compte !
- Île-de-France MobilitésEnquête mobilité hébergée sur SurveyMonkey
- Île-de-France MobilitésLignes de covoiturage au quotidien en Île-de-France
- InseeNAV2A - Population active de 15 ans ou plus ayant un emploi par sexe, lieu de travail et moyen de transport en 2022, Marne et Gondoire