À six ou sept ans, Marion Guérin regarde le Téléthon. Elle y voit des maladies, des chercheurs, et cette idée simple: comprendre le vivant peut aussi servir à soigner. Le chemin part ensuite de Crécy-la-Chapelle, passe par le lycée Bossuet à Meaux, puis par des études de biologie, de biochimie et d’immunologie. Aujourd’hui, il mène à l’Institut Pasteur.
Ce n’est pas seulement une trajectoire méritante. Pour la Seine-et-Marne, l’intérêt est plus précis: voir apparaître, depuis Crécy-la-Chapelle et Meaux, un métier que beaucoup d’élèves imaginent encore réservé aux grands laboratoires parisiens, aux hôpitaux spécialisés ou aux parcours déjà balisés.
Marion Guérin travaille sur les immunothérapies anticancéreuses. Contrairement à une chimiothérapie, ces traitements ne cherchent pas d’abord à attaquer directement la tumeur. Ils visent à aider le système immunitaire du patient à reconnaître et combattre les cellules cancéreuses. La question qu’elle explore est très concrète: pourquoi ces thérapies fonctionnent-elles chez certains malades, et beaucoup moins chez d’autres?
Ses recherches s’intéressent notamment aux ganglions situés près des tumeurs. Ce sont des lieux discrets, rarement évoqués quand on parle de cancer au grand public. Pourtant, une partie de la réponse immunitaire peut s’y organiser. Dans ce type de recherche, un détail anatomique peut changer la manière de penser le traitement.
En 2025, Marion Guérin a reçu le prix Jeunes Talents France L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science. L’Institut Pasteur a rappelé que six de ses jeunes chercheuses avaient été récompensées cette année-là, dont elle, pour des travaux liés à l’immunothérapie contre les cancers. Le Département de Seine-et-Marne la présente aussi comme marraine du programme Girls for Science, qui accompagne des lycéennes dans la découverte des carrières scientifiques.
Le point est moins symbolique qu’il n’y paraît. À la rentrée 2023, selon le ministère de l’Enseignement supérieur, 46% des filles de terminale générale n’avaient choisi aucun enseignement de spécialité scientifique, contre 26% des garçons. Une chercheuse venue de Crécy-la-Chapelle ne règle évidemment pas ce déséquilibre à elle seule. Mais elle donne une forme plus proche à un métier qui reste souvent abstrait au moment où se choisissent les spécialités, les études, puis les ambitions.
Marion Guérin s’est dite prête à intervenir dans des collèges ou lycées du département. Si cela se fait, l’enjeu sera assez simple: montrer aux élèves que la recherche n’est pas une planète lointaine. Parfois, elle commence devant une émission de télévision, passe par Meaux, et finit par regarder de très près ce que font nos ganglions. Ce qui, avouons-le, n’était probablement pas prévu dans la brochure d’orientation.