À Brie-Comte-Robert, l’inventaire a surtout changé ce que la commune savait d’elle-même. Après plus de trois ans de travail avec Seine-et-Marne Environnement, la commune indiquait en 2024 avoir identifié 448 espèces et essences sur son territoire, dont 286 qui n’y avaient jamais été observées auparavant.
Dans la liste figurent le serin cini, la tourterelle des bois, le lapin de garenne, mais aussi une plante protégée, la laîche appauvrie. Pour une commune, ce type de découverte n’est pas seulement une curiosité naturaliste. Il peut peser sur une manière de tondre, de préserver une mare, de conserver une haie, de gérer une friche ou de penser un futur aménagement.
C’est le sens des atlas de la biodiversité, que le Département remet en avant dans son magazine de mai. En Seine-et-Marne, plus d’une trentaine de communes et intercommunalités se sont engagées ces dernières années dans cette démarche. Treize ont été accompagnées par Seine-et-Marne Environnement. Le principe est simple: pendant deux ou trois ans, des naturalistes observent le terrain, recensent les espèces, cartographient les milieux, puis restituent aux élus et aux habitants une connaissance utilisable.
Le mot “atlas” peut faire penser à une jolie carte que l’on consulte une fois. L’enjeu est plus pratique. Une pelouse communale n’a pas le même sens si elle abrite des espèces à protéger. Un fossé, une lisière ou une mare peuvent jouer un rôle dans la circulation du vivant, la gestion de l’eau ou la fraîcheur locale. Une friche n’est pas seulement un terrain en attente si elle sert déjà de refuge.
En Seine-et-Marne, l’enjeu est particulièrement lisible. Le département mêle villes nouvelles, bourgs, zones agricoles, forêts, vallées, zones humides et espaces soumis à la pression de l’aménagement. La biodiversité n’y vit pas seulement dans les sites remarquables. Elle se loge aussi dans les bords de route, les talus, les jardins, les petits bois et les morceaux de campagne que l’on traverse sans vraiment les voir.
D’autres démarches sont en cours. Plaines et Monts de France a lancé un atlas couvrant ses vingt communes pour la période 2025-2027, avec des inventaires sur la flore, les oiseaux, les reptiles, les amphibiens, les chauves-souris, les papillons ou les libellules. À Melun Val de Seine, l’atlas lancé en 2024 prévoit aussi une participation des habitants, avec des temps d’initiation encadrés par un naturaliste. À Villeparisis, les habitants peuvent transmettre leurs observations, en indiquant le lieu, le milieu, l’espèce supposée et, si possible, une photo.
Cette participation ne remplace pas le travail scientifique. Elle l’élargit. Elle permet aussi d’associer les habitants à une question souvent traitée loin d’eux. La biodiversité devient moins abstraite quand elle commence au coin d’une rue, dans une mare connue des enfants ou sur un chemin de promenade.
Un atlas ne décide pas à la place des élus. Il ne bloque pas automatiquement un projet et ne règle pas toutes les tensions entre construction, entretien, agriculture, voirie et protection du vivant. Mais il change une chose importante: il rend le territoire moins invisible. Avant de couper, curer, tondre, planter ou construire, elle sait mieux ce qu’elle risque de faire disparaître.