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Quand le CDI du collège devient la médiathèque du village

À Jouy-le-Châtel et Villiers-Saint-Georges, deux CDI-Médiathèques ouvrent aux élèves et aux habitants, avec plus de 1 000 inscrits en six mois.

CDI-Médiathèque dans un collège rural

À Jouy-le-Châtel et Villiers-Saint-Georges, la porte du CDI ne raconte plus la même chose selon l’heure. En journée, elle mène au centre de documentation du collège. Après les cours, le mercredi après-midi ou le samedi, elle ouvre aussi sur une médiathèque pour les habitants. Dans deux bourgs du Provinois, le collège redevient un lieu où l’on peut entrer même quand on n’a plus cours.

Six mois après leur ouverture, les deux CDI-Médiathèques affichent un démarrage solide. À Jouy-le-Châtel, la médiathèque Albert-Camus compte 580 adhérents, dont 190 élèves du collège Jean-Jacques-Barbaux. À Villiers-Saint-Georges, la médiathèque Simone-Weil en compte 485, dont 332 collégiens. Plus de 1 000 inscrits au total, dans deux communes où une médiathèque complète ne va pas forcément de soi.

Le principe tient dans une idée assez simple: faire vivre un même lieu avec deux usages. Les collégiens y viennent sur le temps scolaire, avec leur professeur documentaliste. Les habitants y accèdent hors temps scolaire, avec des bibliothécaires. Le réseau du Provinois annonce des ouvertures en fin de journée, le mercredi après-midi et le samedi. Pour des familles qui raisonnent vite en kilomètres, en cars scolaires et en horaires de travail, ce n’est pas un détail.

Dans cette partie de la Seine-et-Marne, l’enjeu se mesure justement en temps de trajet. La Médiathèque départementale rappelait dès 2021 que certains habitants ruraux se trouvaient à plus de quinze minutes d’un équipement de lecture publique offrant de vrais services. Ici, le collège sert aussi de point d’accès à la culture du quotidien: emprunter, lire sur place, travailler, participer à une animation, venir avec un enfant plus jeune.

Ces lieux ne misent pas seulement sur les rayonnages. À Villiers-Saint-Georges, le projet met en avant un fablab, avec robots, imprimantes 3D et outils numériques. À Jouy-le-Châtel, les espaces de lecture voisinent avec des zones de travail, de petite enfance et de jeux. Ces usages peuvent faire entrer des publics qui ne seraient pas venus d’abord pour emprunter un roman. À l’âge du collège, où la lecture décroche souvent face aux écrans, le détour peut compter.

Le vrai test viendra maintenant: savoir si les inscrits deviennent des usagers réguliers. Un CDI-Médiathèque ne réussit pas parce qu’il porte un nom hybride, mais parce que les horaires tiennent, que les équipes coopèrent, que les collections circulent, que les élèves et les habitants s’approprient vraiment le lieu.

Mais l’expérience mérite attention. Dans un département où certains services se gagnent encore en kilomètres, un collège peut aussi devenir, quelques heures par semaine, la médiathèque du coin.