En Seine-et-Marne, le budget départemental finit vite sur le terrain : une demi-pension de collège à refaire, une route à reprendre, une aide à l’autonomie à financer, une commune qui attend un coup de pouce pour boucler un équipement.
Le Département a voté, le 14 avril, un budget primitif 2026 de 1,784 milliard d’euros, en hausse de 4,4 % par rapport à 2025. Le chiffre mis en avant est celui de l’investissement : 306,9 millions d’euros de dépenses d’équipement, soit 10 % de plus qu’au budget précédent. C’est le choix central du budget : garder les chantiers ouverts, même quand les marges se resserrent.
Ce maintien ne veut pas dire que la contrainte disparaît. Les dépenses de fonctionnement progressent à 1,398 milliard d’euros. L’emprunt prévu augmente aussi. Et le Département chiffre à 13 millions d’euros sa contribution au dispositif national de lissage des recettes fiscales des collectivités. Autrement dit, le Département maintient les travaux, mais avec davantage d’emprunt prévu et moins de confort si les recettes ou les charges dérapent.
Les collèges sont le premier endroit où ce choix devient concret. La Seine-et-Marne compte 152 collèges, dont 134 publics, et le Département relève une hausse de 12 % du nombre de collégiens entre 2022 et 2025. En 2026, l’éducation et la formation doivent mobiliser 102 millions d’euros de crédits de paiement. Les bâtiments des collèges concentrent l’essentiel de l’effort : poursuite des constructions à Melun et Saint-Fargeau-Ponthierry, réhabilitation de la demi-pension du collège Wiener à Champs-sur-Marne, extension du collège Hessel à Saint-Germain-sur-Morin, mais aussi plus de 42 millions d’euros pour l’entretien et les grosses réparations.
L’autre ligne à regarder, ce sont les routes. Dans le département le plus étendu d’Île-de-France, avec plus de 4 400 kilomètres de routes départementales, l’entretien n’est pas une question abstraite. Les crédits de paiement annoncés pour les routes départementales approchent 92 millions d’euros, contre 76,8 millions au budget 2025. Le document budgétaire cite notamment la reprise des anciennes routes nationales RD1004 et RD1036, ainsi que plus de 16 millions d’euros pour la liaison sud de Chelles.
Reste le bloc le moins spectaculaire, mais le plus massif : les solidarités. Elles représentent 810,1 millions d’euros dans le budget. Les moyens consacrés à l’autonomie atteignent 362,6 millions d’euros, en hausse de 10,7 %, et ceux liés à l’insertion 233,9 millions. Ce sont des dépenses moins faciles à inaugurer qu’un bâtiment, mais elles structurent le quotidien des personnes âgées, des personnes handicapées, des familles accompagnées et des allocataires suivis vers l’emploi.
Le bon réflexe, en 2026, ne sera donc pas de retenir seulement que “le Département investit”. Il faudra regarder si les chantiers annoncés avancent, si les collèges absorbent réellement la pression démographique, si les routes très sollicitées sont traitées à temps, et si les soutiens aux communes restent assez rapides pour éviter que les projets locaux ne glissent d’un an.
Le budget 2026 de la Seine-et-Marne ne promet pas un grand saut. Il promet plutôt de ne pas décrocher : continuer à réparer les routes, absorber la pression dans les collèges, soutenir les communes et tenir les solidarités.
La vraie mesure du budget se verra donc moins dans le vote d’avril que dans les travaux réellement lancés, les chantiers qui tiennent leur calendrier et les projets locaux qui ne restent pas au bord de la route.