
Le BHV Homme a fermé ses portes en mars 2026. Pourtant, rue de la Verrerie, les loyers ont continué à courir. Le 4 novembre, le tribunal judiciaire de Paris a constaté la résiliation de son bail, autorisé l’expulsion de l’exploitant et accordé au propriétaire une provision de 1,65 million d’euros au titre des sommes impayées. Deux jours auparavant, la société SEGM BHV avait été placée en redressement judiciaire.
Le départ du BHV Homme était prévu depuis longtemps. Dès le début de 2025, la direction envisageait de rapatrier son offre masculine dans le grand magasin de la rue de Rivoli. En juin, les Galeries Lafayette ont vendu les murs du bâtiment à NJJ Verrerie, la foncière de Xavier Niel.
Un nouveau bail avait alors été signé jusqu’au 31 mars 2027, pour 2,75 millions d’euros par an hors taxes et charges. Il portait sur l’immeuble du BHV Homme et une entrée supplémentaire de 270 m². La fermeture commerciale n’a pas mis fin à cet engagement.
Le 17 juillet 2026, SEGM BHV écrivait à son propriétaire : « Je n’ai plus usage des locaux du bâtiment Homme ». L’exploitant proposait une restitution anticipée. Les discussions n’ont pas abouti.
Un magasin limité à 100 personnes
L’ordonnance révèle une autre difficulté. En février 2025, la préfecture de police autorisait l’établissement à recevoir 981 personnes, dont 177 salariés, sous réserve d’améliorations de sécurité. En novembre 2025, puis en mai 2026, elle demandait de limiter l’effectif total à 100 personnes dans l’attente de nouveaux justificatifs.
Cent personnes, salariés compris : moins que le seul effectif du personnel retenu dans la précédente autorisation.
Pour contester la demande de son propriétaire, le BHV soutenait que cette restriction empêchait une exploitation normale. Il invoquait notamment l’insuffisance des sorties de secours et les contraintes architecturales du Marais.
Mais le bail confiait à l’exploitant la responsabilité des autorisations et de la conformité de l’établissement recevant du public. Le juge relève surtout que la préfecture attendait des plans, des justificatifs de servitudes de passage et une demande de dérogation accompagnée de mesures compensatoires. SEGM BHV n’a démontré ni l’impossibilité de réaliser les démarches nécessaires, ni un refus de travaux opposé par le propriétaire.
La restriction de capacité était donc réelle, mais elle n’a pas suffi à exonérer le locataire de ses obligations. Et le projet de départ était antérieur à cette restriction.
Le bail est résilié, mais la dette entre dans une autre procédure
Depuis mai 2026, aucun loyer n’avait été versé. Après un commandement de payer resté sans effet, le tribunal a constaté la résiliation du bail au 12 juillet. Il fixe une indemnité d’occupation provisionnelle de 275 000 euros TTC par mois, hors charges, jusqu’à la remise des clés. Les 1,65 million d’euros correspondent aux loyers et indemnités impayés de mai à octobre.
Or, le redressement judiciaire du BHV, ouvert le 2 novembre, interrompt les poursuites individuelles visant le paiement des dettes antérieures.
La résiliation et le paiement ne suivent pas nécessairement le même sort. Pour un bail dérogatoire comme celui du BHV Homme, une résiliation acquise avant le redressement peut rester valable. En 2025, la cour d’appel de Versailles a ainsi maintenu la résiliation d’un bail dérogatoire acquise avant un redressement judiciaire, mais écarté la condamnation provisionnelle au paiement des loyers.
L’ordonnance parisienne a toutefois été rendue après l’ouverture du redressement, sur la base d’une audience tenue le 7 octobre. Elle ne traite pas des conséquences de cette nouvelle procédure. Son effet exact sur la condamnation financière et l’expulsion reste à déterminer dans ce dossier.
Au 36, rue de la Verrerie, le magasin est déjà fermé depuis huit mois. Le propriétaire dispose désormais d’une décision autorisant la reprise des locaux. La restitution effective des clés, elle, n’est pas confirmée.
Sources consultées
- Cour de cassation, JudilibreTribunal judiciaire de Paris, ordonnance de référé du 4 novembre 2026, RG 26/55473
- Le TempsLe BHV passera-t-il l’hiver ? Après le flop Shein, le grand magasin joue sa survie
- Le ParisienParis : les Galeries Lafayette cèdent les murs du BHV L’Homme à la foncière de Xavier Niel
- Ville de ParisConseil de Paris, vœu 2025 V.172 relatif à l'avenir du BHV
- LégifranceCode de commerce, articles L. 622-21 et L. 622-22
- Cour de cassation, JudilibreCour d'appel de Versailles, 13 novembre 2025, RG 25/04728