
Un homme se précipite pour éteindre les flammes sur la jambe d’un gendarme. Quelques secondes plus tard, il se retrouve plaqué contre le rideau métallique d’un commerce et reçoit des coups de pied. Lundi 2 novembre, deux jours après cette scène survenue porte de Charenton, dans le XIIe arrondissement de Paris, le général Bertin Malhet, inspecteur de la gendarmerie mobile, a publiquement remercié cet homme pour son geste.
La scène s’est déroulée au cours d’une attaque incendiaire contre les forces de l’ordre, samedi 31 octobre, qui a blessé quatorze gendarmes d’un même escadron selon leur commandant. Une enquête pour tentative d’homicide a été ouverte dès le lendemain. Les images de ces quelques secondes soulèvent désormais une autre question : comment un homme venu porter secours à un militaire a-t-il pu être traité comme une menace ?
Un chapeau de paille au milieu des gendarmes
Samedi, peu avant 18 heures, la manifestation parisienne contre la vie chère s’achève porte de Charenton. Le cortège a emprunté un parcours de la porte de Bagnolet à la porte de Charenton, après l’interdiction du trajet Bastille–Nation.
La fin du défilé, jusque-là largement calme selon les journalistes du Monde présents sur place, dégénère lors de la dispersion. Des pavés puis des engins incendiaires sont lancés vers les forces de l’ordre.
Un projectile explose au pied de plusieurs membres de l’escadron de gendarmerie mobile 26/3 de Dreux. Les flammes gagnent leurs équipements de protection. Pour la plupart, elles s’éteignent rapidement. Mais sur la jambe d’un capitaine, le feu persiste malgré l’intervention de ses collègues.
C’est alors qu’un homme en tee-shirt blanc et chapeau de paille entre dans le groupe des militaires. Sur les images diffusées de la scène, on le voit tenter d’éteindre les flammes en tapant sur le bas de la jambe du blessé.
Des gendarmes l’écartent immédiatement. L’homme est poussé contre le rideau métallique d’un commerce. Un militaire lui porte notamment des coups de pied, lui arrache son chapeau et continue de le repousser. Un autre gendarme finit par s’interposer pour les séparer.
La « bulle de sécurité » invoquée par le général
Interrogé lundi 2 novembre sur BFMTV, le général Bertin Malhet a confirmé que le civil cherchait bien à porter secours au capitaine.
Il explique que les militaires venaient de subir une attaque particulièrement grave et avaient constitué une « bulle de sécurité » autour de leur camarade blessé. Dans cette situation, l’arrivée soudaine d’un inconnu au milieu du groupe aurait été interprétée comme un risque supplémentaire.
« Ça aurait pu être quelqu’un de mal intentionné », affirme le général.
L’explication éclaire le premier réflexe de protection. Les militaires viennent d’être visés par un engin incendiaire. Ils doivent secourir leurs collègues tout en se prémunissant contre une nouvelle attaque. L’intention du civil, évidente une fois les images examinées, ne l’était pas nécessairement pour chacun d’eux sur le moment.
Mais la vidéo ne montre pas seulement un homme tenu à distance. Elle montre aussi des coups portés alors qu’il est déjà repoussé contre le rideau métallique, puis la poursuite de l’altercation jusqu’à l’intervention d’un autre militaire.
Le général reconnaît que la scène peut choquer. Il défend le réflexe de protection, mais ne répond pas spécifiquement aux coups portés après que l’homme a été écarté et ne précise pas s’ils ont fait l’objet d’un examen interne.
Il invite aussi cet homme à contacter la gendarmerie par son service de tchat.
« Je remercie publiquement ce monsieur », a-t-il déclaré, ajoutant que les militaires souhaitaient le remercier pour son acte.
Une enquête criminelle, mais aucune suite connue pour les coups
Selon le capitaine interrogé par Le Parisien le 1er novembre, quatorze militaires de son escadron de soixante-dix hommes ont été blessés au cours des violences. Lui-même a été brûlé à une jambe et blessé à une main.
La Gendarmerie nationale confirme qu’un engin explosif et incendiaire a frappé ses effectifs peu avant 18 heures. Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour « tentative d’homicide sur personnes dépositaires de l’autorité publique », confiée à la Sûreté territoriale de Paris.
Cette qualification suppose d’établir une intention de tuer, que la seule dangerosité du projectile ne suffit pas à démontrer. Au dernier point judiciaire communiqué le 1er novembre au soir, trois personnes apparaissant sur des images étaient recherchées comme auteurs possibles. Aucune interpellation liée à cette attaque n’avait alors été annoncée.
Quant aux coups portés au civil, aucune enquête ou procédure interne distincte n’avait été publiquement confirmée au 3 novembre. Sollicité par Le Parisien, le parquet de Paris n’avait pas répondu sur ce point.
Le civil n’a pas davantage livré publiquement sa version des faits dans les sources consultées. Son geste, lui, a désormais été reconnu par la hiérarchie des militaires qu’il tentait d’aider.
Porte de Charenton, il a fallu l’intervention d’un autre gendarme pour mettre fin aux coups. Trois jours plus tard, la hiérarchie a remercié le civil. Elle n’a pas expliqué pourquoi il avait encore été frappé après avoir été écarté du blessé.
Sources consultées
- Gendarmerie nationale, GendinfoManifestations du 31 octobre : une journée de revendications émaillée de violences
- BFMTV, Arnaud DirectArnaud Direct, lundi 2 novembre 2026
- Le ParisienManifestation à Paris : frappé après avoir voulu éteindre un gendarme en feu, un homme est « remercié publiquement » par un général
- Le ParisienGendarmes blessés par un engin incendiaire à Paris : « Il y a clairement une volonté de blesser gravement, voire de tuer »
- Le Monde« Je manifeste pour qu'on puisse manifester » : la mobilisation du 31 octobre, des cortèges festifs et déterminés corsetés par les dispositifs de sécurité
- Agence France-Presse, via MediapartCocktail Molotov jeté sur des gendarmes : enquête pour « tentative d'homicide », trois suspects traqués