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Greffes de porc : à Paris, repérer les premières réactions immunitaires

Deux cœurs de porc greffés à des receveurs en état de mort cérébrale ont révélé des réactions immunitaires précoces. Des chercheurs parisiens ont contribué à leur analyse.

Illustration - cœur porcin transplanté

Deux cœurs de porcs génétiquement modifiés, transplantés à des receveurs humains en état de mort cérébrale, présentaient déjà des signes de réaction immunitaire 66 heures après la reperfusion des greffons. Des chercheurs du Paris Institute for Transplantation and Organ Regeneration (PITOR), rattaché à Université Paris Cité, à l’Inserm et à l’AP-HP, ont participé à leur analyse. Leur étude, publiée dans Circulation en octobre 2025, éclaire le sujet d’une nouvelle revue qu’ils viennent de cosigner dans Nature : comment repérer les premières atteintes d’un organe transplanté avant que celui-ci ne perde sa fonction ?

Le travail, mené avec le NYU Langone Health de New York, associait plusieurs techniques d’analyse. Les chercheurs ont examiné la structure des tissus, identifié les cellules immunitaires présentes, observé les prélèvements à très fort grossissement et étudié l’expression des gènes. Ils ont également utilisé l’immunofluorescence multiplexe, une technique permettant de repérer plusieurs types de cellules dans un même échantillon, associée à une analyse automatisée des images par apprentissage profond.

Les résultats ont révélé une inflammation modérée des petits vaisseaux sanguins et une activation de l’endothélium, la couche de cellules qui tapisse l’intérieur des vaisseaux. Les cellules immunitaires infiltrant les tissus étaient principalement des neutrophiles et des macrophages, deux composantes de l’immunité innée. L’analyse de l’expression des gènes confirmait l’activation de plusieurs mécanismes inflammatoires et immunitaires.

Les modifications génétiques des porcs permettent désormais de limiter le rejet hyperaigu, qui pouvait détruire un greffon presque immédiatement. Mais elles ne neutralisent pas toutes les réactions immunitaires. Les lésions peuvent commencer à se développer à une échelle microscopique alors que l’organe continue de fonctionner.

L’expérience publiée dans Circulation portait sur deux greffons et 66 heures d’observation chez des receveurs en état de mort cérébrale. Elle ne permet donc pas de connaître leur résistance sur plusieurs mois. Elle montre néanmoins qu’un examen combinant plusieurs méthodes peut révéler des atteintes précoces difficiles à caractériser avec les seuls indicateurs habituels.

Cette difficulté est au cœur de la revue publiée le 21 octobre 2026 dans Nature par trois chercheurs du PITOR, Erwan Morgand, Fariza Mezine et Alexandre Loupy. Leur synthèse identifie plusieurs mécanismes de détérioration des xénogreffes : réactions liées aux anticorps, attaque des lymphocytes T et activation de l’immunité innée. Elle souligne les limites de l’anatomopathologie conventionnelle et du suivi clinique standard pour détecter suffisamment tôt les lésions infracliniques. Les auteurs défendent une surveillance combinant biopsies, analyses immunologiques, profilage moléculaire et biomarqueurs sanguins.

Un cas clinique publié en septembre dans The Lancet illustre la difficulté du suivi à long terme. Aux États-Unis, un patient a vécu 271 jours sans dialyse grâce à un rein de porc génétiquement modifié. Un premier rejet cellulaire, détecté au quatorzième jour, avait été traité avec succès. Après environ six mois, une infection bactérienne non zoonotique a conduit à réduire les traitements immunosuppresseurs. Des lésions des petits vaisseaux sont ensuite apparues, progressant jusqu’à une microangiopathie thrombotique, alors que le test sanguin de compatibilité croisée avec le donneur restait négatif. Le rein a finalement dû être retiré.

L’histoire s’est toutefois poursuivie : 82 jours après cette intervention, le patient a reçu un rein humain, qui a immédiatement fonctionné. Aucun signe de sensibilisation immunologique n’a été observé pendant les 231 jours de suivi rapportés. Cette expérience montre à la fois la durée de soutien que peut désormais fournir un organe porcin et la complexité des mécanismes susceptibles de provoquer sa dégradation.

À Paris, le PITOR dispose déjà d’une infrastructure consacrée au suivi de précision des greffes humaines. Sa plateforme d’ADN libre circulant, créée en 2022, a caractérisé plus de 5 000 échantillons. Ces fragments d’ADN provenant de l’organe transplanté peuvent être recherchés dans le sang et servir de marqueurs non invasifs de lésions du greffon. Associés aux données biologiques, immunologiques et histologiques, ils contribuent à construire des modèles de surveillance et de prédiction.

Le groupe travaille avec NYU Langone à l’adaptation de ces méthodes aux xénogreffes. Un protocole intégré reste à développer et à valider chez des receveurs vivants, afin de repérer les lésions assez tôt pour ajuster les traitements.

Sources consultées
  1. NatureMultimodal precision diagnostics in clinical xenotransplantation
  2. CirculationCharacterizing the Immune Response in Pig-to-Human Heart Xenografts Using a Multimodal Diagnostic System
  3. Paris Cardiovascular Research Center (PARCC), InsermParis Transplant Group (PITOR)
  4. The LancetPorcine kidney xenotransplantation as a bridge to allotransplantation: a first-in-human study