
Le marché des Enfants-Rouges, dans le IIIe arrondissement de Paris, a été détruit par un incendie dans la nuit du dimanche 11 au lundi 12 octobre. Les 1 000 m² de la halle ont brûlé et 17 commerces ont été ravagés, selon Ariel Weil, maire de Paris Centre. Au bilan disponible à la mi-journée de lundi, le feu était éteint, mais le plus ancien marché couvert de la capitale restait fermé jusqu’à nouvel ordre.
Aucun habitant ni commerçant n’a été blessé. Une sapeuse-pompier a toutefois été légèrement incommodée pendant l’intervention. Des riverains avaient déjà évacué les lieux à l’arrivée des pompiers. Les flammes n’ont pas gagné les immeubles voisins, même si le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a fait état de légers dégâts sur les bâtiments adjacents.
La Ville a promis de réinstaller provisoirement les commerçants ailleurs pour leur permettre de reprendre leur activité. Aucun lieu d’accueil ni calendrier de réinstallation n’a encore été annoncé. Car derrière la destruction d’un monument fondé en 1615, des commerces installés depuis des années se retrouvent sans lieu de travail.
Une halle détruite au milieu des immeubles
L’incendie aurait débuté vers 3 heures, selon la préfecture de police. Les pompiers ont reçu l’alerte à 4 h 15, par téléphone. À leur arrivée, les flammes avaient déjà gagné l’ensemble du marché couvert.
Quelque 150 pompiers et une cinquantaine de véhicules ont été mobilisés. L’intervention présentait une difficulté particulière : enclavée au milieu d’immeubles de six étages, la halle n’était accessible aux secours qu’à pied. Les équipes ont néanmoins contenu le feu au marché, évitant sa propagation aux habitations voisines.
Au bilan disponible à la mi-journée du 12 octobre, l’incendie était éteint, mais la structure métallique s’était partiellement effondrée. La préfecture de police avait identifié le risque d’effondrement des éléments restants comme un point de vigilance. Les pompiers et les services d’architecture de la préfecture vérifiaient également la solidité des murs mitoyens.
Le marché, situé au 39, rue de Bretagne, demeure inaccessible. Le maire de Paris Centre a demandé d’éviter le secteur pendant les opérations. L’avis de fermeture publié par l’Office de tourisme de Paris confirme que l’accès au marché est suspendu jusqu’à nouvel ordre, dans l’attente des expertises et de la sécurisation du bâtiment. Aucun horaire de levée des restrictions de circulation autour du marché n’a été communiqué.
L’origine du feu reste inconnue. Une enquête a été ouverte par le parquet de Paris, selon TF1. Les difficultés d’accès rencontrées par les pompiers sont documentées, mais rien ne permet encore d’affirmer qu’elles ont aggravé les destructions, ni de mettre en cause les équipements de sécurité du marché.
Ce que les commerçants viennent de perdre
« C’est des années de travail qui partent en fumée », a confié Florian Warth, commerçant du marché, à l’AFP lundi matin.
Dans un reportage publié en mars 2026, la Ville de Paris recensait 18 commerces et dressait le portrait de plusieurs de leurs exploitants, avant l’incendie.
Il y avait Inai Taeko, restauratrice japonaise installée depuis 2006, venue précisément pour cette possibilité rare à Paris de cuisiner et de servir des repas au milieu d’un marché alimentaire. Noémie, fille de maraîchers, y vendait des fruits et légumes biologiques tout en représentant les commerçants du marché.
D’autres s’étaient installés beaucoup plus récemment. Lucien avait ouvert sa crêperie Chez Lulu en février 2025. Habitant du quartier, il fréquentait déjà le marché enfant avec ses parents. Son activité n’avait pas encore deux ans lorsque l’incendie a détruit la halle.
On pouvait y acheter du poisson, des fromages ou des légumes, puis manger un couscous, des spécialités japonaises ou une galette bretonne, parfois autour de tables partagées.
Le marché avait conservé une activité alimentaire de proximité tout en devenant une destination gastronomique internationale, fréquentée par les habitants, les salariés du quartier et les touristes.
Cette fréquentation constituait aussi une ressource pour les exploitants. Leur déménagement provisoire ne consistera donc pas simplement à déplacer des étals : il faudra retrouver un lieu accessible à leur clientèle, adapté à des activités aussi différentes que la restauration, la vente de produits frais et la poissonnerie.
Emmanuel Grégoire a promis lundi de travailler immédiatement à leur réimplantation sur un autre site. C’est, à ce stade, la première mesure concrète annoncée pour préserver l’activité commerciale.
Un marché déjà sauvé une première fois
Les Enfants-Rouges avaient failli disparaître bien avant cet incendie.
Fondé en 1615 sous Louis XIII, le marché doit son nom aux orphelins vêtus de rouge accueillis dans un hôpital voisin, fondé au XVIe siècle. Il est inscrit au titre des monuments historiques depuis le 8 mars 1982.
Dans les années 1990, la halle était tellement dégradée qu’elle avait fermé. Un projet prévoyait sa démolition pour construire un parking. Les commerçants, soutenus par les habitants, s’étaient alors mobilisés, allant jusqu’à occuper les abords du marché et dormir devant pour empêcher sa disparition.
Leur mobilisation avait abouti à sa sauvegarde. Six années de travaux avaient suivi. Puis, dans les années 2000, l’arrivée de restaurateurs et de traiteurs dans les emplacements vacants avait donné une nouvelle vie à l’édifice.
Le marché qui vient de brûler était déjà le résultat d’un sauvetage collectif et d’une réinvention commerciale. Une partie de son identité s’était construite pendant ces vingt dernières années, bien après sa fondation historique.
Le toit a disparu, tous les étals ont brûlé et la structure métallique est gravement endommagée. Mais les deux portails en fer portant l’inscription « Marché des Enfants rouges » sont restés intacts, a constaté une journaliste de l’AFP.
La reconstruction ne suffira pas
Le marché appartient à la Ville de Paris et bénéficie d’une inscription au titre des monuments historiques, confirmée par la base Mérimée du ministère de la Culture. Sa restauration devra tenir compte de cette protection et faire l’objet des procédures patrimoniales applicables.
Le premier travail sera de déterminer ce qui peut encore être conservé. L’état exact des éléments historiques, le coût des réparations et le calendrier d’une éventuelle réouverture restent inconnus.
Ariel Weil a promis de reconstruire le marché. Emmanuel Grégoire s’est engagé, de son côté, à rechercher une solution provisoire pour les commerçants. Leur réinstallation doit permettre une reprise d’activité avant l’achèvement de la reconstruction, dont la durée reste inconnue.
Pour les exploitants, chaque période supplémentaire sans activité pose une question plus immédiate : comment conserver ses clients, ses salariés et son entreprise jusqu’au retour éventuel dans la halle ?
Le marché des Enfants-Rouges a traversé quatre siècles parce qu’il est resté un lieu où l’on venait acheter, vendre et manger. Après l’incendie, le premier test pour la Ville sera donc moins architectural que commercial : trouver où installer les 17 commerces sinistrés et leur donner une date à laquelle ils pourront recommencer à travailler.
Sources consultées
- AFP, via La Gazette FranceA Paris, le marché historique des Enfants rouges ravagé par les flammes
- Le ParisienParis : les images impressionnantes de l'incendie qui a ravagé le marché des Enfants-rouges
- AFP, via RTL InfosParis : un incendie a ravagé le marché historique des Enfants rouges
- Paris je t'aime, Office de tourisme de ParisMarché couvert les Enfants Rouges
- Ville de ParisUn petit tour au marché couvert des Enfants Rouges
- Ministère de la Culture, base MériméeMarché des Enfants Rouges, notice PA00086227