
Depuis fin septembre, plusieurs pans de lycra sont tendus entre deux immeubles de la rue Jomard, dans le 19e arrondissement de Paris. Cette voile d’ombrage, installée au-dessus d’une rue aux écoles, doit rester en place sept semaines. Si l’essai est concluant, la Ville souhaite déployer une centaine de dispositifs similaires dès l’été 2027.
L’idée paraît simple : suspendre une toile pour protéger les passants du soleil, comme on le fait depuis longtemps dans les villes du sud de l’Europe. À Paris, pourtant, les contraintes de sécurité incendie compliquent la généralisation de ces installations entre façades.
Faire de l’ombre sans installer de poteaux
Paris connaît déjà les ombrières. En 2025, la capitale a notamment déployé sur quinze sites les structures Riva, conçues par AREP et fabriquées par SERI. Ce mobilier démontable, associant acier et lames de bois, repose sur des supports nécessitant des fondations, même légères.
La voile de la rue Jomard explore une autre possibilité : utiliser les bâtiments eux-mêmes comme points d’appui. Elle pourrait ainsi protéger des rues étroites, où l’installation de structures au sol est difficile et où les réseaux souterrains empêchent parfois de planter des arbres.
Mais supprimer les poteaux revient à reporter les efforts sur les façades. Une rafale tire sur les cordages, et les secours doivent pouvoir circuler et accéder aux immeubles.
La société VO Concept, installée à Noisy-le-Sec, en Seine-Saint-Denis, a conçu un système inspiré de la navigation. Les voilages en lycra, légers et laissant passer l’air, sont suspendus par des cordages fixés dans les encadrements des fenêtres, sans percer les murs.
Un double mécanisme permet de relâcher la tension lorsque les cordages sont trop sollicités. En cas de mauvais temps, l’installation peut également être démontée en quelques heures.
Un essai d’automne pour préparer les canicules
Le calendrier révèle la priorité de l’expérimentation. Entre octobre et novembre, rue Jomard, les conditions ne permettront guère de mesurer le confort procuré pendant une canicule.
Lily Munson, déléguée générale au design et à l’esthétique urbaine de la Ville de Paris, avait d’ailleurs précisé dès septembre que le test porterait sur la sécurité et la prise au vent.
La Brigade de sapeurs-pompiers de Paris est associée à l’essai, selon la Ville. L’installation doit notamment préserver l’accès des secours et la défense contre l’incendie.
Lors de précédentes expérimentations parisiennes en 2020, d’autres dispositifs avaient permis de réduire jusqu’à 13 °C la température des surfaces exposées. Ces mesures ne concernent pas la voile Jomard, dont les performances thermiques n’ont pas encore été publiées.
Une toile trop fermée peut aussi gêner la circulation de l’air et retenir la chaleur dans une rue étroite. L’Agence parisienne du climat recommande donc des solutions qui protègent du rayonnement sans enfermer l’espace sous une couverture étanche.
Cent voiles promises, autant de configurations à résoudre
La rue Jomard a été choisie avec l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur) pour sa fréquentation, son exposition et son manque d’arbres. Elle présente aussi un avantage décisif : les deux immeubles utilisés appartiennent à la Ville.
Dans une rue bordée de copropriétés privées, obtenir les accords nécessaires et garantir la solidité des fixations pourrait être autrement compliqué.
Le 29 septembre, la mairie a annoncé 99 voiles supplémentaires après celle de la rue Jomard, avec l’été 2027 en perspective. Sa communication technique du 5 octobre précise toutefois que le déploiement dépendra des résultats de l’expérimentation. Le chiffre de cent correspond à un objectif d’installations, pas à une liste de cent rues déjà validées.
Reste aussi à installer, entretenir et démonter ces voiles chaque saison. D’après AdaptaVille, VO Concept propose des toiles en lycra à partir de 15 à 30 euros par mètre carré pour le textile seul, mais leur installation nécessite au moins deux techniciens. S’y ajoutent les fixations, l’entretien et le démontage saisonnier. Aucun budget global n’a encore été annoncé pour les futures installations.
La Ville prépare un cahier des charges pour leur fabrication, leur pose, leur entretien et leur démontage, ainsi que pour le choix des prochains emplacements.
Rue Jomard, la toile possède déjà deux façades municipales pour la soutenir. Le test doit maintenant établir comment faire cohabiter cette ombre suspendue avec le vent, les bâtiments et les interventions des pompiers.
Sources consultées
- Ville de ParisUne voile d’ombrage testée dans la rue aux écoles du 19e
- Ville de ParisFace au changement climatique, Paris s’adapte et accélère ses transformations
- Agence parisienne du climat / AdaptaVilleInstaller des solutions d’ombrage en ville
- AREPOmbrières RIVA
- Groupe SNCFÀ Paris, des ombrières pour adapter la ville aux fortes chaleurs