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Gustave Fayet, l’homme qui avait un musée Gauguin chez lui et le sens des affaires

À Paris, Gustave Fayet exposait Gauguin et Van Gogh chez lui et revendait des tableaux avec profit. La Fondation Louis Vuitton fait revivre son étonnante collection.

Illustration - Appartement parisien rempli de tableaux

Au 51, rue de Bellechasse, dans le 7e arrondissement de Paris, Gustave Fayet ouvrait chaque jeudi les portes de son appartement aux artistes, marchands et collectionneurs. On y venait admirer des Gauguin, des Van Gogh, des Redon. Une photographie prise en 1906 montre les tableaux accrochés sur plusieurs rangées, presque jusqu’au plafond. Un musée d’art moderne avant l’heure, chez un viticulteur de Béziers.

Depuis le 9 octobre, la Fondation Louis Vuitton ressuscite une partie de cet univers. Son exposition rassemble 728 œuvres et documents, dont plus de 250 œuvres provenant de la collection historique de Fayet, dispersée depuis un siècle. Il a fallu plusieurs années de recherches et des prêts de 64 institutions et 71 collections privées pour reconstituer cet ensemble.

Parmi les pièces réunies, dix tableaux de Van Gogh, certains ayant appartenu à ses proches, et 78 œuvres de Gauguin. Le plus rare est peut-être l’Autoportrait à l’oreille bandée et à la pipe, peint par Van Gogh en janvier 1889. Fayet l’avait acheté en 1902. Conservé aujourd’hui dans une collection privée, il n’avait plus été exposé en France depuis 1937.

Le collectionneur qui achetait, montrait et revendait

Né en 1865 dans une riche famille de propriétaires viticoles, Gustave Fayet apprend la peinture auprès de son père et de son oncle. Sa fortune lui permet d’acheter, mais son goût se forme aussi grâce aux rencontres. Son ami Maurice Fabre l’intéresse à Van Gogh et à Odilon Redon. Le peintre George-Daniel de Monfreid lui fait découvrir les œuvres de Gauguin.

Fayet ne se contente pas de les accrocher chez lui. À Béziers, il organise des expositions d’art contemporain. À Paris, il prête plusieurs dizaines d’œuvres à la grande rétrospective Gauguin du Salon d’automne de 1906. Cette exposition donne une visibilité nouvelle à Gauguin dans le Paris des avant-gardes.

Fayet sait aussi acheter et revendre.

Les archives en témoignent. Sur une fiche présentée dans l’exposition, Fayet note avoir acheté chez le marchand Ambroise Vollard un autoportrait de Cézanne pour 4 500 francs en 1901. Il indique ensuite l’avoir revendu 10 000 francs au musée de Berlin.

Il sait aussi tirer parti des difficultés financières de certains propriétaires. Lorsque le peintre Émile Schuffenecker lui cède l’Autoportrait à l’oreille bandée de Van Gogh, il lui écrit qu’il se console de voir son tableau entre les mains d’un homme qui saura l’aimer. Fayet l’a obtenu à un moment où son ancien propriétaire connaît des difficultés financières.

Le collectionneur contribue ainsi à faire connaître des artistes dont il anticipe aussi la hausse des prix. Ses transactions lui permettent de renouveler sa collection et de financer d’autres ambitions.

En 1908, il achète l’abbaye de Fontfroide, près de Narbonne, et entreprend sa restauration. Des ventes de Gauguin et de Cézanne contribuent à financer le chantier. Il commande à son ami Odilon Redon trois grands panneaux pour la bibliothèque de l’abbaye : Le Jour, La Nuit et Le Silence, aujourd’hui présentés à la Fondation.

Des tableaux aux tapis

L’exposition révèle une autre facette de Fayet, souvent éclipsée par les chefs-d’œuvre qu’il possédait : ses propres créations.

Peintre et céramiste, il développe vers 1912 une technique singulière. Sur du papier buvard, il laisse l’aquarelle se diffuser librement. Les taches se transforment en fleurs imaginaires, en motifs végétaux, en jardins presque abstraits.

En 1920, il fonde à Paris l’Atelier de la Dauphine pour faire de ces dessins des tapis. Ses motifs séduisent notamment Jeanne Lanvin et le couturier Jacques Doucet. Certaines créations textiles présentées aujourd’hui ont nécessité d’importantes restaurations.

Celui qui avait défendu Gauguin et Van Gogh cherche aussi sa propre voie, dans les couleurs, les tissus et la décoration. La Fondation rassemble plusieurs centaines de ses créations, dont beaucoup n’avaient jamais été présentées au public.

L’exposition Gustave Fayet, collectionneur-créateur. Icônes de l’art moderne se tient jusqu’au 8 mars 2027 à la Fondation Louis Vuitton, 8, avenue du Mahatma-Gandhi, dans le 16e arrondissement. Le plein tarif est de 18 €. Les disponibilités sont à vérifier sur la billetterie officielle de l’exposition.

Parmi les œuvres retrouvées, l’autoportrait de Van Gogh raconte peut-être le mieux les contradictions de Fayet. Il l’avait acheté à un autre collectionneur qui s’en séparait à regret. Puis, dans chacune de ses résidences, il l’avait accroché dans sa chambre.

Sources consultées
  1. Fondation Louis VuittonGustave Fayet, Collectionneur - Créateur
  2. Association du Musée d'Art Gustave FayetCollectionneur et commanditaire
  3. L'Œil, Colin LemoineGustave Fayet, l'œil souverain
  4. The Art Newspaper, Martin BaileyA Louis Vuitton foundation exhibition, with ten Van Gogh paintings, reveals the extraordinary vision of an early collector
  5. Le Monde, Philippe DagenA la Fondation Louis Vuitton, les trésors de Gustave Fayet, collectionneur clairvoyant en art comme en affaires