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À Orsay, Richard Peduzzi revient dans la salle qu’il avait mise en scène en 1986

« Vertige » replace les décors de Richard Peduzzi autour de la salle de l’Opéra qu’il avait conçue pour l’ouverture d’Orsay il y a quarante ans.

Illustration - salle de l’Opéra à Orsay

Au fond de la grande nef d’Orsay, deux maquettes permettent depuis 1986 d’entrer dans l’Opéra Garnier de deux façons. L’une ouvre le bâtiment en coupe sur près de 5,80 mètres de long. L’autre déploie sur 6,50 mètres de côté le quartier de l’Opéra tel qu’il était en 1914. Leur installation appartient au musée depuis son ouverture, mais la main qui a organisé cet espace est moins connue : celle du scénographe Richard Peduzzi.

C’est précisément là qu’Orsay ouvre ce 6 octobre « Vertige », un accrochage présenté jusqu’au 17 janvier 2027 pour les 40 ans du musée. L’exposition remet ainsi un nom sur un dispositif que les visiteurs connaissent déjà. Peduzzi avait été chargé en 1986 de la mise en espace de la salle consacrée à l’Opéra et, plus largement, de plusieurs espaces dédiés à l’architecture du XIXe siècle.

Les rôles sont précis. La coupe longitudinale de l’Opéra, à l’échelle 1/25e, a été réalisée à Rome par l’atelier Gianese sous sa direction artistique, à partir d’un dessin de Charles Garnier. La grande maquette du quartier est l’œuvre de Rémi Munier, assisté d’Éric de Leusse. Peduzzi, lui, a composé leur présentation : au fond de la nef, le visiteur peut regarder l’édifice de l’intérieur puis dominer le Paris transformé autour de lui par les travaux haussmanniens.

Ce goût de l’espace vient du théâtre. Longtemps associé à Patrice Chéreau, Peduzzi ne concevait pas le décor comme un fond chargé de meubler la scène. Dans un long entretien patrimonial conservé par l’INA, il résume son exigence ainsi : « Un décor, ça doit respirer, ça doit être un autre acteur. » Ses scénographies privilégient les volumes, les matières et quelques formes fortes plutôt que l’accumulation d’objets.

« Vertige » rapproche ce travail de ses créations pour la scène. Des murs interminables, des tours, des ruines et des lieux abandonnés reviennent dans ses décors depuis ses premières collaborations avec Chéreau. Autour des maquettes d’Orsay, peintures, dessins, sculptures et études de décors, notamment pour « Lulu » à l’Opéra de Paris, montrent comment l’architecture devient chez lui une partie de l’action plutôt qu’un simple cadre.

À Orsay, l’architecture posait dès l’origine un problème de présentation : comment exposer des bâtiments que l’on ne peut évidemment pas faire entrer dans une galerie ? Depuis quarante ans, la salle de l’Opéra combine coupe, maquette urbaine, dessins et fragments de décor.

L’accrochage temporaire disparaîtra en janvier. Les deux grandes maquettes, elles, resteront au fond de la nef. Après « Vertige », on saura simplement un peu mieux pourquoi elles sont là, et qui avait décidé de nous faire regarder l’Opéra de cette façon.

Sources consultées
  1. Musée d’OrsayVertige, Richard Peduzzi à Orsay
  2. Musée d’OrsayOpéra de Paris, maquette de la coupe longitudinale
  3. Musée d’OrsayMaquette du quartier de l’Opéra, arrêtée en l’état en 1914
  4. INARichard Peduzzi, Entretiens patrimoniaux