
Trois vidéos diffusées sur Facebook montraient le Pr Renaud Piarroux promouvoir un produit censé débarrasser l’organisme de ses parasites. Le choix de la cible était particulièrement efficace : Renaud Piarroux dirige précisément le service de parasitologie-mycologie de la Pitié-Salpêtrière. Mais il n’avait jamais enregistré ces recommandations. Selon l’AP-HP et Sorbonne Université, sa voix et son image avaient été utilisées par intelligence artificielle, sans son consentement.
L’AP-HP a déposé plainte et saisi notamment Meta pour demander le retrait des trois vidéos. Elles ont ensuite disparu de Facebook. L’histoire aurait pu s’arrêter là. L’hôpital indique pourtant que « d’autres vidéos similaires » ont de nouveau été diffusées. Il ne précise pas s’il s’agissait de copies, de nouvelles variantes ou de créations provenant des mêmes comptes, ni quelle mesure Meta a prise au-delà de la disparition des premiers contenus.
Cette nouvelle circulation montre la limite d’un retrait ponctuel face à un contenu qui peut être recréé. Le médecin et l’hôpital peuvent identifier l’usurpation, réunir les preuves, porter plainte et signaler les publications. Mais la réponse commence après leur mise en circulation.
Depuis le 30 juillet 2026, le code de déontologie médicale impose explicitement au médecin d’intervenir lorsqu’il apprend que son nom ou son activité professionnelle sont utilisés à des fins commerciales. La rédaction précédente lui demandait déjà de veiller à l’usage fait de son nom, de sa qualité ou de ses déclarations.
Du côté des plateformes, le règlement européen sur les services numériques, le DSA, impose un mécanisme permettant de signaler les contenus présumés illégaux. La plateforme doit examiner ces signalements et informer leur auteur de sa décision. Certains organismes certifiés comme « signaleurs de confiance » bénéficient d’un traitement prioritaire, mais rien dans les éléments publiés par l’AP-HP n’indique qu’elle ait utilisé un tel statut dans cette affaire. Le dispositif encadre donc le signalement, l’examen et les suites données aux contenus signalés. Il ne constitue pas une authentification préalable de chaque vidéo publiée au nom d’un médecin.
Le cas Piarroux n’est pas isolé dans les constats de l’hôpital. L’AP-HP dit avoir repéré d’autres vidéos et photographies utilisant une blouse de l’institution ou le logo de l’un de ses établissements pour promouvoir un produit ou un service. La fraude ne copie donc pas seulement un visage. Elle récupère les signes qui rendent une recommandation crédible : un nom, une spécialité médicale, une blouse, un hôpital.
À la Pitié-Salpêtrière, le problème est ainsi devenu très matériel : trois faux messages ont pu être identifiés et supprimés, sans que cela empêche l’apparition d’autres vidéos similaires. Le visage du chef du service de parasitologie peut désormais vendre un antiparasitaire sans que le médecin ait besoin de prononcer un mot.