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À Orsay, Mary Cassatt sort du cadre des maternités

Du studio de Pigalle aux expositions impressionnistes, Mary Cassatt a construit à Paris une carrière autonome. Orsay en réunit près de 80 œuvres dès le 6 octobre.

Illustration - Mary Cassatt dans son atelier parisien

Mardi 6 octobre, le musée d’Orsay ouvre « Mary Cassatt, l’indépendante », avec près de 80 peintures, pastels et estampes. Derrière ses célèbres scènes de mères et d’enfants, l’exposition remet en lumière une réalité moins familière : Cassatt avait fait de Paris le lieu où construire un métier.

Elle s’y installe définitivement en 1874. Dès l’année suivante, elle loue son propre atelier près de Pigalle et rémunère ses modèles. À partir de 1878, elle prend elle-même en charge son atelier et les frais de son activité. Cassatt a déjà exposé au Salon, mais elle choisit bientôt un autre circuit parisien. Invitée par Edgar Degas, elle participe à quatre expositions impressionnistes entre 1879 et 1886, ces manifestations sans jury ni récompenses conçues comme une alternative au Salon officiel. Dans les années 1880, Paul Durand-Ruel, principal marchand des impressionnistes, la représente à son tour.

Ce Paris professionnel nourrit directement celui qu’elle peint. Cassatt représente des femmes en promenade en voiture, au théâtre ou à l’opéra. Elles conduisent, écoutent, s’informent, échangent entre elles. Les maternités restent une partie importante de son œuvre, mais elles ne résument pas son regard.

Cassatt est également une expérimentatrice. Après avoir découvert à Paris en 1890 une exposition d’estampes japonaises, elle produit une série de dix gravures en couleurs. Pour certaines, l’impression exige jusqu’à une quinzaine d’étapes et plusieurs plaques de cuivre. Elle travaille avec l’imprimeur Alphonse Leroy et utilise sa propre presse. La mécanique compte autant que le motif : derrière les silhouettes élégantes se trouve une artiste qui maîtrise un procédé lent, physique et techniquement exigeant.

Paris devient aussi pour elle un point de passage entre deux marchés de l’art. Cassatt conseille des proches et collectionneurs américains dans leurs achats, notamment son amie Louisine Havemeyer, et contribue ainsi à faire entrer l’impressionnisme français dans de grandes collections des États-Unis. Son indépendance prend plus tard une dimension politique : elle soutient le droit de vote des femmes et participe en 1915 à New York à une exposition destinée à financer la cause suffragiste.

En 1892, Cassatt reçoit sa commande la plus monumentale : Modern Woman, décor destiné au Pavillon de la Femme de l’Exposition universelle de Chicago de 1893. L’œuvre, aujourd’hui disparue, mesurait 4 mètres sur 18. Le musée en propose une restitution numérique, accompagnée d’estampes et de pastels liés au projet.

« Mary Cassatt, l’indépendante » est présentée jusqu’au 31 janvier 2027. Le billet horodaté coûte 16 € en plein tarif, 12 € le jeudi soir, avec gratuité notamment pour les moins de 18 ans et les moins de 26 ans résidant dans l’Espace économique européen. Il est possible de réserver directement une entrée horodatée auprès du musée.

Une œuvre résume assez bien ce retour parisien. Jeune fille au banjo, peinte en 1894 et choisie par Orsay pour présenter l’exposition, porte désormais dans les collections du musée une mention très récente : « Achat, 2026 ».

Sources consultées
  1. Musée d’OrsayMary Cassatt. L'indépendante
  2. Musée d’OrsayMary Cassatt. L'indépendante, présentation détaillée
  3. National Gallery of ArtMary Cassatt: An American in Paris