
Pendant deux semaines, une bibliothèque, un café, un centre social, une résidence HLM ou même un hall d’immeuble peut devenir une salle de cinéma à Belleville. Pour sa première édition, du 3 au 17 octobre, CinéBelleville programme 45 films dans plus de 30 lieux. Près de 40 collectifs et structures du Nord-Est parisien y participent.
Les films circulent ainsi dans des lieux liés aux histoires qu’ils racontent.
Le 8 octobre, à la Villa Belleville, rue Ramponeau, trois écrans diffuseront en parallèle les entretiens enregistrés en 2006 avec Jacob Szmulewicz, Étienne Raczymow et Gaston Largeault. Enfants du quartier dans les années 1920 et 1930, ils avaient raconté le Front populaire, la guerre, la persécution des Juifs et la Résistance pour le documentaire Les Garçons Ramponeau. Le documentaire revient donc presque vingt ans plus tard rue Ramponeau, la rue qui lui donne son titre.
Deux jours plus tard, le Carré de Baudouin remontera une autre rue disparue. Pour En remontant la rue Vilin, Robert Bober avait retrouvé près de 600 photographies permettant de suivre la démolition progressive de cette voie de Belleville où Georges Perec avait vécu enfant. Ici, le cinéma ne se contente pas de montrer le quartier : il conserve des rues, des visages et des voix que la ville a parfois effacés.
Donner la caméra aux habitants est une pratique ancienne pour Canal Marches, l’association qui coordonne le festival avec le Conseil de quartier de Belleville, Trajectoires et les partenaires locaux. Le collectif est né dans le sillage des marches européennes contre le chômage et la précarité de 1997, lorsque certains marcheurs avaient été formés à filmer eux-mêmes leur parcours. À partir de 2009, son Université populaire audiovisuelle a prolongé cette méthode auprès d’associations et d’habitants des quartiers populaires.
CinéBelleville reprend cette logique à l’échelle du quartier. La programmation a été construite avec des centres sociaux, bibliothèques, associations de locataires, lieux culturels et cafés. Pendant toute la durée du festival, un parcours en onze étapes dans les rues, « Si Belleville m’était conté », renvoie aussi par QR codes vers des vidéos et des documents sur le vieux Belleville.
Et les archives ne sont qu’une moitié du mouvement. Le festival a lancé un appel à des courts métrages tournés dans le Nord-Est parisien par des habitants, jeunes ou moins jeunes. Les films retenus seront projetés le 17 octobre au Centre Paris Anim’ Place des Fêtes, en présence de leurs équipes.
À 18 heures, le public votera pour sa « palme ». Après deux semaines passées à retrouver Belleville sur les écrans, les dernières images en compétition auront été tournées dans ses propres rues.