
L’exposition qui ouvre ce mercredi 30 septembre à l’Orangerie partira à Londres en février. Mais son aboutissement restera à Paris. Après près de quarante peintures montrant comment Claude Monet a poursuivi les variations de lumière et de temps, le visiteur peut gagner les deux salles ovales où cette recherche a fini par devenir un espace autour de lui.
Ces salles ne sont pas un simple écrin pour les Nymphéas. Monet s’est impliqué dans leur conception avec l’architecte Camille Lefèvre. Huit compositions, constituées de panneaux assemblés et totalisant 91 mètres, courent aujourd’hui dans deux espaces ovales. Leur orientation suit la course du soleil et la lumière naturelle descend du plafond. Georges Clemenceau avait proposé l’Orangerie pour accueillir l’ensemble offert à l’État ; le « musée Claude Monet » fut inauguré le 17 mai 1927, cinq mois après la mort du peintre.
« Monet, peindre le temps » permet de remonter cette histoire. Le parcours rassemble notamment des œuvres du musée d’Orsay et du musée Marmottan Monet, ainsi que des prêts français et internationaux. On y retrouve les Meules, les Peupliers, la cathédrale de Rouen ou les Matinées sur la Seine : plutôt que changer sans cesse de sujet, Monet revient au même motif et laisse l’heure, la saison ou l’atmosphère le transformer.
Ce travail en série pouvait demander une obstination très matérielle. En 1891, alors que les peupliers qu’il peint au bord de l’Epte doivent être vendus et abattus, Monet paie un marchand de bois pour qu’ils restent debout assez longtemps pour terminer ses tableaux. L’anecdote dit mieux que l’image du peintre saisissant une impression fugitive ce que cette peinture exigeait : revenir, comparer, attendre et recommencer.
Le parcours mène ensuite aux Grandes Décorations. Le motif n’est plus cadré comme un paysage traditionnel : les panneaux couvrent les parois courbes, l’horizon disparaît et le visiteur circule au milieu de l’eau, des reflets et de la végétation. Monet avait travaillé près de dix ans à ce projet et continuait encore à reprendre ses panneaux avant sa mort. L’exposition temporaire peut donc expliquer le chemin ; Paris en conserve l’aboutissement à l’échelle d’une architecture.
Un petit accrochage dans la salle Focus ramène parallèlement cette œuvre monumentale vers l’atelier. Philippe Piguet, historien de l’art et descendant de Monet, a prêté des correspondances et des photographies pour « Monet à l’œuvre », visible jusqu’au 25 janvier. Un second volet, consacré au Monet privé, prendra le relais à partir du 28 janvier. Ces archives montrent le travail, les décisions et l’organisation qui se cachent derrière une peinture souvent réduite à sa lumière et à sa spontanéité.
Monet est mort le 5 décembre 1926 et 2027 marquera le centenaire de l’installation de ses Nymphéas à l’Orangerie. L’exposition parisienne se tient jusqu’au 25 janvier avant d’être présentée à la Tate Modern du 25 février au 27 juin. Le billet horodaté coûte 12,50 €, 10 € au tarif réduit ; les moins de 18 ans et les moins de 26 ans résidant dans l’Espace économique européen bénéficient de la gratuité. Les vendredis pendant l’exposition, une nocturne est proposée jusqu’à 21 heures au tarif réduit de 10 €.
Les billets sont disponibles sur la billetterie officielle du musée de l’Orangerie.
En février, les tableaux de « Monet, peindre le temps » traverseront la Manche. Les deux ovales des Tuileries, eux, ne bougeront pas : huit compositions, 91 mètres de peinture et une lumière qui continue de changer au-dessus des Nymphéas.